Dembélé et le PSG touchent enfin le graal européen
Le 31 mai au soir à l’Allianz Arena de Munich, une bonne heure après que le Paris-Saint-Germain eût remporté la finale de la Ligue des champions contre l’Inter Milan sur un score (5-0) qui n’existe pas à ces altitudes, l’entraîneur du club Luis Enrique n’aura lâché qu’un seul nom aux médias, fondant tous les autres joueurs dans la même crêpe du «collectif» : celui d’Ousmane Dembélé. Parce qu’il avait été le seul attaquant ayant débuté le match à ne pas marquer en cette soirée d’orgie, point de bascule de quinze années de souffrance du PSG sous pavillon qatari sur le front européen. Une attention délicate du coach espagnol. Mais pas seulement. Répartir les mérites, c’est-à-dire les responsabilités, fut un tournant historique pour un club dont les joueurs stars, de Zlatan Ibrahimovic à Kylian Mbappé en passant par Thiago Silva ou Neymar, furent longtemps écrasés sous la pression : celle qui découlait d’une politique consistant, en gros, non pas à mettre des moyens en face d’un objectif prédéfini, mais à définir cet objectif par rapport aux sommes pharaoniques engagées par Doha, culpabilisant ainsi ceux qui portaient le maillot parisien.
Une inversion de paradigme expliquant le sentiment d’allégement, voire de libération, ressenti par les joueurs parisiens au fil d’un parcours épique, renvoyant dans les moments de grandes intensités (les matchs retours à Liverpool ou à Birmingham contre Aston Villa) aux épopées sépias qui firent les grandes heures de Saint-Etienne ou des Girondins de Bordeaux. L’histoire retiendra une victoire collective, brillante (14 buts inscrits lors des cinq derniers matchs), étale. Elle fut au moins autant courageuse, mentale, et portée par un gardien, l’Italien Gianluigi Donnarumma, dont le club ne voulait déjà plus depuis des mois. Eternel artiste un peu lunaire, constamment en marge des équipes où il a joué à la notable exception des Bleus, un Dembélé enfin stabilisé y aura gagné un Ballon d’or. Avoir emmené un joueur pareil à ces hauteurs-là ne fut pas le moindre des mérites du club parisien. G.S.
Pauline Ferrand-Prévot, c’était son Tour
La fin d’une longue disette au pays de la Grande Boucle. Quarante ans après Bernard Hinault, trente-cinq ans après Catherine Marsal, le maillot jaune est revenu cet été sur des épaules françaises. Le 3 août, Pauline Ferrand-Prévot a remporté avec autorité le Tour de France, le premier auquel la coureuse de 33 ans prenait part. Un exploit lesté d’une polémique : plusieurs coureuses se sont interrogées publiquement sur sa perte de poids spectaculaire avant l’épreuve, une préparation spécifique assumée par la championne. Sa victoire sur le Tour signe un retour sur route réussi pour celle qui a été médaillée d’or en VTT aux Jeux de Paris. Cette saison, la coureuse de l’équipe Visma Lease-a-bike a aussi accroché Paris-Roubaix et des places sur le podium du Tour des Flandres ou des Strade Bianche à son tableau de chasse. «Maintenant, je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire», glissait à l’arrivée du Tour celle qui détient la bagatelle de quinze titres de championne du monde dans différentes disciplines du cyclisme. Depuis, elle a fait savoir qu’elle comptait bien défendre sa tunique jaune l’an prochain, lors d’une édition qui partira de Suisse et confrontera pour la première fois les coureuses au mont Ventoux. L.Mo.
Loïs Boisson, révélation à Roland-Garros
Un conte de fée sur terre battue. Alors que le tennis tricolore connaît un passage compliqué, la lumière est venue d’une joueuse de 22 ans dont le nom ne parlait, en début d’année, pas même aux fans de la petite balle jaune. 361e mondiale avant Roland-Garros, sans aucune victoire sur le circuit principal, Loïs Boisson s’est hissée à la surprise générale en demi-finale du grand chelem parisien, écartant plusieurs des meilleures joueuses de la planète. Du jamais vu pour une joueuse si mal classée. En l’espace de deux semaines, l’inconnue est devenue la coqueluche du tennis tricolore et la première Française au classement WTA. Elle a vu sa popularité sur les réseaux sociaux exploser, s’est retrouvée en ouverture des journaux télévisés et même en une de Libé. La belle histoire a pris fin sèchement (6-1, 6-2) face à l’Américaine Coco Gauff, future vainqueure du tournoi. En triomphant un mois plus tard à Hambourg, Loïs Boisson a prouvé que son épopée parisienne n’avait rien du coup d’éclat passager. J.Le.
Charlie Dalin, un Vendée Globe et un cancer caché
On n’avait rien compris, rien su, rien pressenti. Si l’hypermédiatisation du sport en général et de la voile en particulier ne laisse rien au mystère ou à l’intimité des acteurs, il aura fallu attendre neuf mois avant de comprendre le sens de la victoire sur le Vendée Globe de Charlie Dalin en janvier. Mi-octobre, à l’occasion de la sortie de son livre (La Force du destin, Gallimard), il révélait le sens de son succès : le Normand avait pris la mer se sachant atteint d’un cancer.
Cet automne, on a croisé un homme toujours en lutte contre la maladie et dans son monde, à la croisée des sciences (matériaux, aérodynamisme…), de l’informatique et du sport de haut niveau («Prendre le départ était déjà une victoire, d’une certaine façon, j’étais détaché du résultat comme jamais auparavant») : un peu étranger, pour tout dire, à l’émotion suscitée par son histoire. Il nous a d’ailleurs été reconnaissant de l’en sortir pour parler de la couleur du ciel dans les mers du Sud ou des subtilités d’un arbitrage entre route directe et météo. Héros involontaire. G.S.




