Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé ce mercredi 28 janvier la Fédération française d’athlétisme (FFA), qui était poursuivie pour discrimination par la sprinteuse transgenre Halba Diouf. Celle-ci contestait son exclusion des compétitions féminines depuis 2023.
Mais le tribunal n’a pas retenu les infractions de discrimination «en raison de l’identité de genre» ni de «harcèlement moral» invoquées par l’athlète de 23 ans. La FFA a plaidé l’application stricte des règles de World Athletics, l’instance internationale qui régit les fédérations nationales, pour écarter la sprinteuse.
«Lunaire»
Pour la défense, la motivation du tribunal validant le caractère «impératif» de la réglementation internationale est toutefois inacceptable. «Relaxer la fédération […] c’est n’avoir rien compris au fonctionnement de cette réglementation», a fustigé Jean Boudot, l’avocat de la sprinteuse, dénonçant une décision «lunaire dans sa motivation». Selon lui, le jugement entérine l’application en France d’un «règlement international trumpien».
L’avocat a souligné une contradiction juridique majeure : le règlement, qui exclut les athlètes ayant un chromosome Y, impose de recourir à des «tests génétiques» qui sont «complètement interdits dans la réglementation française», a-t-il martelé.
Décryptage
«La fédération française n’a jamais fait l’effort de réglementer», a déploré l’avocat. Il a rappelé que l’instance internationale n’interdisait pas aux fédérations nationales de laisser courir des athlètes transgenres au niveau domestique, à condition que leurs résultats ne soient pas comptabilisés mondialement.
Absente, Halba Diouf ressent «une immense déception», a rapporté son avocat. Décrivant une athlète «intelligente» et non une «militante dogmatique», il a assuré qu’elle accepterait l’exclusion si des tests prouvaient un avantage physique réel.
«Parti pris»
L’audience du 17 décembre avait été marquée par des échanges particulièrement houleux. La défense avait qualifié les débats de «surréalistes», dénonçant le «parti pris» d’une magistrate qui avait renvoyé la plaignante à son passé masculin. «C’est la pire audience que j’ai vécue depuis des années», a répété mercredi Me Boudot, pointant des juges qui ne veulent pas «rentrer dans ces questions» trop complexes socialement.
De son côté, la Fédé française s’est contentée d’une déclaration écrite à ce mercredi : «Nous prenons acte de la décision du tribunal de Paris de nous relaxer totalement», a déclaré l’instance sportive, précisant ne pas souhaiter «s’exprimer davantage sur le fond».
L’affaire se poursuivra devant la cour d’appel de Paris. La FFA a prévenu qu’elle continuerait à «défendre (sa) position».




