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Test-match

Nouvelle défaite du XV de France face à l’Afrique du Sud au Stade de France, une «déception collective»

Même réduits à quatorze, les Springboks ont donné, samedi 8 novembre, au XV de France, une leçon de puissance et d’efficacité. Deux ans après l’échec en Coupe du monde des Bleus, la masterclass a été facturée 32-17.

Damian Penaud (à gauche), devenu, samedi 8 novembre, le meilleur marqueur de l'histoire du rugby français, et Gaël Fickou (à droite). (Franck Fife/AFP)
Publié le 09/11/2025 à 9h44

Si un (trop) grand fossé persiste entre l’élite du rugby international et les nations subalternes, en revanche, on veut croire que, fut-ce sur le malentendu d’un seul match, tout ou presque semble possible entre les sept ou huit meilleurs pays de la planète. Dont font naturellement partie l’Afrique du Sud et la France qui, au coup d’envoi, samedi 8 novembre au soir, dans un Stade de France dûment rempli, pointaient respectivement à la première et à la cinquième place du barème de World Rugby, l’instance suprême… Lequel servira à déterminer une hiérarchie, le 3 décembre, au moment du tirage au sort des poules de la prochaine Coupe du monde, qui débutera le 1er octobre 2027 en Australie.

Un enjeu un peu théorique, on en convient, qui, en vérité, ne hantait pas tant les esprits que le souvenir d’un certain 15 octobre 2023 qui, dans ce même antre dionysien, avait vu le XV de France quitter prématurément «sa» Coupe du monde, après une défaite face à l’Afrique du Sud (28-29), que les plus fervents supporters ne parviendront jamais à avaler – salaud d’arbitre, tout ça… Contrairement aux joueurs qui, de l’ailier Louis Bielle-Biarrey au capitaine Gaël Fickou (parmi les survivants du naufrage, minoritaires sur la feuille de match tricolore), assuraient en amont que la page avait bien été tournée.

Restait la perspective exaltante d’un choc entre le champion de l’hémisphère sud (car vainqueur du récent Rugby Championship) et celui du nord (auréolé en mars dernier, d’un 27e Tournoi des six nations). Match au sommet, en théorie, France-Afrique du Sud l’aura aussi été sur le gazon, avec un engagement XXL et son lot généreux de péripéties conclues sur un cinglant 32-17 en faveur de visiteurs qui, malgré les huées dès l’annonce des compositions – l’Afrique du Sud étant, à l’évidence, avec l’Angleterre, l’équipe qu’on aime ici le plus détester – ont signé une performance de haut rang. Et ce, malgré trente minutes jouées en infériorité numérique (à la suite de l’expulsion logique de De Jager, juste avant la mi-temps) et huit points vendangés aux pieds.

Minimisation de l’ecchymose

Ceci pour spécifier que la note aurait pu être encore plus salée, avec une mêlée sud-africaine outrageusement dominatrice, une touche non moins intraitable, un engagement sans faille dans les mauls, un jeu au pied méthodique, et, pour qui persisterait à les caricaturer en un ramassis de brutes épaisses, trois essais sur quatre inscrits au terme de fulgurances individuelles… Pourtant, après une première mi-temps heureuse – à l’image de Damian Penaud qui, en plantant deux beaux essais, devenait le meilleur marqueur de l’histoire du rugby français, avec 40 ballons aplatis dans l’en but – on imaginait toujours les hommes de Fabien Galthié avoir leur destin en main. Au lieu de quoi, passé une quinzaine de minutes tricolores aussi dominatrices que quasi stériles, l’Afrique du Sud ne perdra jamais le nord, emmagasinant de la confiance à mesure que le chrono tournait, pour en définitive finir en trombe.

Peut-être plus groggy qu’ils ne voulaient le laisser paraître, les Bleus ont minimisé l’ecchymose au coup de sifflet final. A l’instar du deuxième ligne, Thibaud Flament, «frustré, déçu, mais pas abattu», lâchant un magnifique : «On a perdu, mais senti qu’on pouvait gagner.» A rapprocher des «arguments à faire valoir, mais que nous n’avons pas réussi à mettre en place» de son compère toulousain, le pilier Julien Marchand, concédant cependant un «score lourd» et une «défaite cohérente», face à un groupe si «solide» que, «même réduit à quatorze, on ne voit pas forcément la différence».

Treize jours de préparation

Légitimement soucieux de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, après une série de bonnes performances enregistrées depuis maintenant un an, Fabien Galthié, lui, a veillé à parler de «déception collective», attribuant «l’organisation et l’efficacité» des champions du monde en titre au fait qu’ils en étaient à leur «dixième match de la saison» (ce qui, a contrario, pourrait aussi être un motif d’usure) et «travaillent de manière continue, organisée. Tandis que nous, on s’est retrouvés lundi dernier» – en vérité, le rassemblement tricolore à Marcoussis avait été fixé au dimanche 26 octobre, soit treize jours auparavant, et non cinq.

Alors que le Stade de France se vidait plus vite qu’à l’accoutumée, la sono a fait résonner The Show Must Go On, de Queen. Ce qui, concrètement, préfigure un deuxième rendez-vous, pas plus tard que samedi 15 novembre. Mais cette fois, à Bordeaux, et face aux Fidji, un adversaire que la France escompte certainement plus dans ses cordes.

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