Qui n’a pas pu le plus se doit de pouvoir le moins. C’est sous cet angle, avouons-le modérément grisant, que le XV de France abordait la deuxième de ses trois étapes automnales, face aux nations de l’hémisphère Sud. Surclassés dans quasiment tous les secteurs, une semaine auparavant au Stade de France, par une Afrique du Sud pourtant longtemps en infériorité numérique (17-32), les Bleus sont brutalement tombés du nuage sur lequel les avait installés un sacre hivernal dans le Tournoi des six nations. Or quoi de mieux pour se refaire la cerise que de prendre le TGV et d’aller passer le week-end en province, réchauffé par la ferveur d’un public friand de rugby, face à un challenger très rarement à la fête face au gratin international ?
Matadors brouillons
Direction donc le stade Atlantique de Bordeaux, où Fidji allait tenter, samedi 15 novembre au soir, de résister à un XV tricolore presque pour moitié remanié, entre blessures (Mickaël Guillard, Emmanuel Meafou, Baptiste Erdocio…) et choix d’un sélectionneur imperméable au sentimentalisme (cf l’absence de Gaël Fickou, capitaine répudié, tandis que les cadres Gregory Alldritt et Charles Ollivon faisaient le chemin en sens inverse – pour le plus grand soulagement de leurs équipiers, comme on le vérifiera).
Donné battu d’avance, Fidji a effectivement très vite pris l’eau. Au point qu’à 21-0 en autant de minutes, on imaginait les joueurs du XV de France jouer aux matadors le reste du match, qui, à l’inverse, débouchera sur une copie brouillonne. Fébriles, approximatifs, les Bleus voyaient les Fidjiens grignoter les 21 points initialement encaissés, façon sparadrap du capitaine Haddock, seul le dernier quart d’heure, sans génie mais sérieux – au moins on avait pigé qu’il ne fallait pas demander la lune –, leur permettant de sortir sous les applaudissements à 34-21.
«Ce qui est important c’est la victoire»
Pour ce qui est de la manière, qu’on surveillait de près, il faudra donc repasser, et se satisfaire du fait que la France stoppe une série de quatre défaites (dont trois, il est vrai, «programmées», lors de la tournée estivale en Nouvelle-Zélande, avec un groupe «bricolé»). C’est ce qu’a reconnu en creux le sélectionneur Fabien Galthié, en rappelant «ce qui est important c’est la victoire» ; tandis que, au micro de TF1, le revenant Charles Ollivon, à la fête pour son retour en bleu (après un an d’absence, suite à une nouvelle sérieuse blessure au genou), ne niait pas éprouver du «soulagement» au terme d’un match «difficile» où, de fait, ses partenaires donnaient parfois le sentiment de se tirer une balle dans le pied.
Reste maintenant un dernier test-match à la France pour – malgré une liste d’éclopés qui s’allonge chaque semaine – finir l’année sur une note positive et surtout tenter de fournir ces gages de sérieux et de confiance trop souvent évanouis à Bordeaux. Par chance, voudra-t-on supputer, samedi 22 novembre au Stade de France, le dernier défi sera l’Australie. Un hôte qui enchaîne les déconvenues, à l’exemple de ses trois dernières défaites consécutives, contre l’Angleterre, l’Italie (!) et, à l’heure où la France s’extirpait de la bruine girondine, l’Irlande (qui, à 46-19, lui a planté six essais). Un match piège, veilleront à prévenir les Bleus durant la préparation de la rencontre ; qu’ils feraient bien de mettre à profit pour nettoyer leur jeu des scories indignes des prétentions affichées.




