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Cette descente de la montagne à Lienz (Autriche), ce 29 décembre 2011, le jeune Lasse Gaxiola ne s’en souvient pas. Il avait 4 ans, et était ballotté dans les bras de sa mère, Sarah Schleper. Elle, en revanche, s’en rappelle parfaitement. La descendeuse américaine devait en finir pour de bon avec le ski de compétition. Au début, ses proches de la délégation, dont son amie Lindsey Vonn, lui avaient suggéré quelques idées baroques pour son ultime course. «Mes coéquipières savaient que j’étais un peu folle et me disaient de descendre nue ou en bikini, elles savaient que j’en étais capable. Mais j’ai finalement décidé de porter une jupe courte et de finir avec mon fils dans les bras», raconte-t-elle à l’agence de presse espagnole EFE.
Quinze ans plus tard, Sarah Schleper est encore en train de descendre des pistes, en combinaison, avec du staff autour. A deux différences notables : l’encadrement est mexicain et ce n’est pas pour un jubilé. Jeudi, pendant que Federica Brigone et Romane Miradoli paradaient en attendant leur médaille en Super G au pied de la Tofane, Schleper bouclait le tracé à la 26e position en criant encore plus fort. A bientôt 47 ans – elle va les fêter le 19 février – la voilà devenue la skieuse alpine la plus âgée des JO d’hiver. Quant à son fils Lasse, il a regardé tout ça depuis le site de Bormio, où, à 18 ans, il a pris part au géant samedi 14 février (53e, à +23.08 secondes du vainqueur Lucas Pinheiro Braathen) puis au slalom, lundi 16 février.
«Encore plus spécial»
Une mère et son fils alignés sur les mêmes Jeux, c’est bien la première fois que ça arrive. Il y a bien eu deux duos père-fils, avec, en été, les Géorgiens du tir Nino Salukvadze et son fils Tsotne Machavariani, en 2016 à Rio et, en hiver, Werner Hoeger et son rejeton Christopher en luge à Salt Lake City en 2002. C’est à peu près tout. «C’est déjà un événement incroyable, s’était enthousiasmé Lasse Gaxiola à propos des Jeux. Mais venir ici avec ma mère et voir ma famille rend ce moment encore plus spécial.»
«Pour moi, le succès, c’est simplement le fait que nous soyons tous les deux ici», abonde la quadragénaire, qui portait le drapeau mexicain lors de la cérémonie d’ouverture. Ils sont même trois du même clan, puisque le père cornaque le fils, dont le prénom est un hommage au Norvégien Lasse Kjus, champion olympique de combiné en 1994, que les parents admiraient.
L’histoire familiale aurait pu être encore plus dingue si les épreuves s’étaient déroulées sur le même site, comme c’est le cas d’habitude. Schleper se dit qu’au moins, son fils se sentira peut-être plus libre sans sa mère à ses côtés. «Cela peut être une bonne chose pour Lasse car il peut vivre ses Jeux olympiques par lui-même, plutôt que d’avoir sa mère qui lui dit : “Oh, tu devrais échanger des pins, tu devrais faire ceci, tu devrais faire cela”», se marre-t-elle depuis Cortina. J’essaie toujours de lui donner trop de conseils. On ne peut jamais arrêter d’être une maman pour devenir simplement coéquipière, donc c’est mieux qu’il ne soit pas à côté de moi tout le temps.»
Le pays d’origine de son mari
Et puis, pas impossible que Schleper aille le voir une fois son géant avalé ce dimanche 15 février. La course du fiston est programmée le lendemain. Elle connaît la route. C’est juste à côté du site, à Santa Caterina, qu’elle a réalisé sa meilleure performance en carrière (7e du slalom), il y plus de vingt ans. A dérouler les grandes lignes de son CV – une victoire à Lenzerheide en 2005 en Coupe du monde, et une 10e place aux Jeux de Turin 2006 comme meilleure performance olympique – difficile d’imaginer que l’athlète, dont la première incursion sur le circuit date de 1995, soit encore là à enchaîner les courses labellisées FIS (la fédération internationale de ski).
Peu après sa première retraite, l’Américaine originaire du Colorado, à Vail, fabrique à championnes en haute altitude (Lindsey Vonn et Mikaela Shiffrin viennent de là), a pris la nationalité mexicaine, le pays d’origine de son mari. Elle n’a pas mis longtemps pour se décider à remonter sur des skis sous ses nouvelles couleurs, mais n’a pu achever les démarches administratives à temps pour les Jeux de Sotchi en 2014. Les seules olympiades hivernales qu’elle ait manquées depuis ses débuts à Nagano, en 1998.
En parallèle de sa seconde carrière, dont on ne sait quand elle va s’achever, elle a continué d’entraîner à Vail, emmenant son fils dans ses traces. «J’ai peut-être un style un peu différent, mais c’est elle qui m’a façonné», a confirmé Lasse auprès d’EFE. Elle est sans aucun doute ma principale source d’influence.» S’il n’est pas sûr que Gaxiola veuille passer autant de temps que sa mère sur le circuit, il existe quand même de grandes chances de l’apercevoir en France dans quatre ans. Seul cette fois-ci ?




