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«Une déferlante d’émotions» : à Antholz, Océane Michelon, championne olympique de la mass-start lors d’un ballet final

L’ultime course de la quinzaine a permis aux tricolores du biathlon d’ajouter deux nouveaux métaux, avec l’or pour Océane Michelon et l’argent pour Julia Simon sur la mass-start, samedi 21 février. Pour un total hallucinant de douze médailles.

La Française Océane Michelon, médaillée d'or sur la mass-start de biathlon, samedi 21 février 2026. (Alexander Hassenstein/Getty Images. AFP)

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Elle s’est retournée quatre fois. Pour être sûre. «J’ai douté», dit-elle. Puis, lorsqu’elle a jeté un ultime regard, qu’elle a vu qu’une dizaine de mètres derrière, Julia Simon était trop loin, Océane Michelon a commencé à comprendre. La Française a regardé à gauche, en direction des six pancartes avec sa tête brandie par les siens : «Une déferlante d’émotions», hallucinait-elle.

La Chambérienne n’avait encore jamais remporté une course chez les pros. La voilà championne olympique, et ça l’a amusé de faire ça devant celle qui l’avait privé d’une grande première pas plus tard que mi-janvier. Sur le même format de la mass-start, à Nove Mesto en République tchèque, et pour cinq dixièmes seulement. Un finish dantesque entre deux grandes finisseuses. Ça s’est encore vu samedi 21 février.

Et tant qu’à faire, les deux ont balayé à la force de leurs skis quelques raccourcis tenaces à propos du biathlon. Dont celui qui stipule que, pour l’emporter, il suffit de tirer juste. Il faut aussi skier vite. La Tchèque Tereza Vobornikova n’a commis qu’une erreur. Julia Simon aussi. La Suédoise Anna Magnusson, 3e mondiale, a passé sans encombre tous ses check-points. Océane Michelon, elle, a eu deux déchets.

Modern jazz, bachata et flamenco

Elle est alors partie tournoyer sur l’anneau de pénalité, en patinant comme lors de ses plus belles années de danseuse. Lorsque la venue de Lescheraines, village enfoui dans le massif des Bauges (Savoie), avait cinq ans et tout sauf envie de faire du biathlon. Elle a écumé les styles et les chorées, du flamenco au modern jazz, en passant par la danse orientale, bachata, le jive. «J’en ai parlé avec Cyril [Burdet, son coach, ndlr] et il y a beaucoup de choses que j’ai apprises de la danse que je remets dans mon ski, dans la liberté de mouvement.» Samedi, elle a fait un mix de tout ça et offert un sacré ballet final sur la neige d’Antholz.

Partie avec huit secondes de débours sur Vobornikova et Magnusson, «Océ» a lissé l’effort. Grapillant d’infimes dixièmes dans la première portion. Avant de mettre les gaz dans la seconde. Elle a déposé la Suédoise dans la bosse du sous-bois, à la manière de Quentin Fillon Maillet la veille. Puis la Tchèque dans la montée suivante.

Elle les a reprises une à une, en lissant son effort comme si elle courait depuis dix ans sur le circuit. «Ce n’est que sa deuxième saison en Coupe du monde, rappelle pourtant son entraîneur Cyril Burdet. Elle a encore beaucoup à apprendre, beaucoup de marges de progression dans plein de secteurs. Quand on se dit ça, ça laisse présager de belles choses.»

Parmi «les meilleures skieuses»

L’homme est radieux sous la neige battante. Que pouvait-il espérer de mieux pour fêter son anniversaire ? Heureux, aussi, que la quinzaine ait démarré par le relais mixte, et non l’inverse. Sans quoi il aurait eu un mal fou à devoir trancher entre Julia Simon, Lou Jeanmonnot et Océane Michelon. La numéro 1 mondiale n’était que la numéro 3 française en Italie.

A 23 ans, Michelon leur donne du fil à retordre, et va continuer à le faire. Ses collègues du groupe savent que ce sera sans doute le cas jusqu’à ce qu’elle range leurs étuis pour de bon. «On va la voir pendant très longtemps, s’amuse Julia Simon. Elle va être redoutable dans le futur. Elle a de grandes ambitions qui sont assumées et légitimes.»

Julia Simon est sûrement la moins surprise de la voir à sa gauche sur la boîte. Elle est l’une de celles qui l’ont vu monter avant tout le monde. Simon et Michelon se connaissent bien. Elles viennent du même comité de Savoie, et se sont entraînées pas mal de temps ensemble.

«Quand elle est arrivée, elle avait une énorme capacité de ski. Elle fait partie des meilleures skieuses, mais elle va être encore plus régulière, pense la quadruple médaillée sur ces Jeux. C’était plus la gestion du stress qui lui faisait un petit défaut. Elle a appris à gérer ces situations.»

Souci de trop bien faire

La jeune femme est une pointilleuse extrême. Une extra-perfectionniste. Elle penche «du côté de l’ultra-exigence», estime Cyril Burdet. «C’est même souvent trop. Elle a tendance à se faire du mal pour des raisons qui ne sont pas forcément justifiées.»

On se souvient de ses larmes en Haute-Savoie, après la Coupe du monde au Grand-Bornand ratée, devant ses proches, dont son oncle Bernard, président du club de ski nordique des Bauges qui l’avait initié à la discipline. Elle avait le souci de trop bien faire. «Ça m’embête de ne pas être capable d’être régulière, d’être au niveau de pourquoi j’ai bossé. Je suis un peu frustrée de tout. C’est dommage. Ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas bon. Je n’aime pas faire les choses à moitié», sanglotait-elle en zone mixte. Elle a pleuré à nouveau aujourd’hui. Sauf qu’elle a fait les choses à fond, et l’insatisfaite ne l’est plus.

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