Né sous le signe du Zodiac, le commandant Cousteau est un homme de spectacle qui, depuis quarante ans, interprète un rôle d'ami de la nature: un personnage gentil, qui filme des animaux gentils. L'été en saharienne Lanvin. L'hiver en costume d'humanoïde à col chevalier, commandé depuis trente ans chez Vernet, 116, Champs-Elysées. Il est entré en fonction en 1956, grâce à un documentaire-culte, le Monde du silence, réalisé avec Louis Malle, qui obtint la palme (hihi) d'or à Cannes. Pour la première fois, le public, et surtout les enfants, découvraient les fonds marins. Un monde neuf. «On buvait ce film», dit drôlement Bernard Violet, biographe iconoclaste (1). Le capitaine de corvette Cousteau obtint illico le poste de directeur du musée océanographique de Monaco et quitta la Marine nationale. Les Requins associés, sa société de production, commençait son ascension commerciale.
Aujourd'hui, lorsqu'on visionne le Monde du silence en compagnie d'enfants convena-bles, en âge d'être les arrière-petits-enfants du commandant, ceux-ci sont stupéfaits: «Gros sauvages! Respectent pas les animaux.» La rhétorique écologiste a lavé les jeunes cervelles. L'équipage de la Calypso massacre une tribu de requins dans une scène à la Cronenberg, abat d'une balle dans la tête un bébé cachalot haché par les pales du navire, dynamite un jardin de coraux tandis que la caméra s'attarde sur l'agonie tragico-rigolote d'un diodon. Les marins chevauchent des tortues en tirant sur des cigarettes qui nuise




