N'Djamena, envoyée spéciale.
Les yeux écarquillés, Salomon, 5 ans, comprend que l'on parle de lui, mais la perfusion et l'extrême fatigue l'empêchent de bouger. «C'est mon petit», explique son grand frère, désigné par la famille comme garde-malade pendant les trois jours que dure l'hospitalisation. Sous la tente, l'enfant est allongé sur une planche en bois dans laquelle on a découpé un trou pour laisser le malade évacuer ses diarrhées, couleur «eau de riz». C'est l'une des 3 200 victimes de l'épidémie de choléra qui sévit au Tchad depuis la mi-juin.
Maladie honteuse. Lorsqu'on lui demande comment l'enfant a attrapé la maladie, le frère hausse les épaules : «Il a dû manger quelque chose...» Puis il finit par lâcher : «Il paraît que c'est quand tu es un peu sale.» Dans ce pays d'Afrique, le choléra est encore considéré comme une maladie honteuse, on l'associe au manque d'hygiène. Du coup, les proches tardent à déclarer les malades à l'hôpital. Or les premières vingt-quatre heures sont décisives, puisque les cholériques se déshydratent très rapidement. La peau perd de sa tonicité, devient flasque, et les piqûres sont extrêmement délicates à administrer car les veines se dérobent.
Dans la capitale, N'Djamena, les deux antennes de l'hôpital de la Liberté accueillent environ 200 personnes. Depuis la mi-septembre, une trentaine de nouveaux malades se présentent chaque jour. A la fin du mois d'août, au plus fort de l'épidémie, on en comptait plus de 90, autant dire que les structures




