Varanasi (Inde) envoyé spécial
Tous les matins à l'aube, Veer Bhadra Mishra fait sa prière sur les bords du Gange à Varanasi (anciennement Bénarès), la ville sacrée de l'hindouisme. Mahant (grand prêtre) de l'un des plus importants temples de la ville, il décline ses ablutions en trois gestes : la salutation au soleil, l'immersion dans le fleuve sacré et la boisson d'une gorgée de «nectar» gangétique. Depuis des années, le vieux mahant déroge toutefois à la tradition : il ne boit pas l'eau. «Je suis religieux, mais je ne suis pas aveugle», dit-il. Si sacré soit-il, le Gange est en effet l'un des cours d'eau les plus pollués au monde. Tout au long de ses 2 525 kilomètres, des usines et des municipalités y déversent leurs déchets : 1,7 milliard de litres d'eaux usées par jour, selon les estimations, dont la majeure partie n'est pas traitée. Sans compter la pollution occasionnée par les riverains (sacs plastique, lessive, carcasses d'animaux, etc.) et la multitude de dépouilles humaines qui y flottent, de nombreux hindous n'ayant pas assez d'argent pour payer la crémation totale des corps de leurs proches avant de disperser leurs cendres dans le fleuve. La police, aussi, jette les corps non réclamés dans la rivière.
Laver les péchés. Cette triste réalité, la plupart des Indiens préfèrent cependant l'ignorer, le Gange étant le symbole de la pureté dans la mythologie hindoue. Tous les ans, des millions de fidèles viennent ainsi s'y tremper pour laver leurs péchés. Des millions d'au




