Niger envoyée spéciale
Des pagnes de toutes les couleurs s'entremêlent. Dans le brouhaha, une centaine de femmes forment une file d'attente à droite de celle des hommes, qui s'étend jusqu'à la route bitumée. Depuis le matin, le chef du village de Moujia, à 500 km au nord-est de Niamey, assiste à l'enregistrement de chaque personne, préalable indispensable pour commencer la distribution de nourriture, dans quelques jours. «Depuis un mois, nous n'avons pas goûté la boule de mil. Nous ne mangeons plus que des feuilles de tafasa qu'on cueille sur les arbres, ou de l'anza», explique la présidente du groupement de femmes du village. Elle montre un tas de pois jaunis qu'il faut décortiquer pour en extraire une graine au goût très amer qui doit tremper dans l'eau durant cinq jours pour être mangeable ; cette pâte verte constitue le repas habituel, agrémentée d'un peu d'huile et de sel, lorsqu'il y en a.
Près d'elle, une jeune fille au visage adolescent porte dans le dos un bébé retenu par un tissu noué autour de la taille. «Nous attendons l'aide promise depuis quarante-cinq jours.» Brusquement, son visage se ferme. «Il me reste un enfant. Deux sont morts ce mois-ci.»
Depuis le 14 juillet, un plan d'urgence a été lancé par l'ONU, avec le gouvernement nigérien et les bailleurs réunis au sein du dispositif de gestion et de prévention des crises alimentaires, pour venir en aide à 2,7 millions de personnes souffrant de la famine au Niger (12 millions d'habitants). Début septembre, le Progra




