Sur les photos, elle est souvent la tête en bas au milieu des arbres. En suspension. Accrochée à une corde ou un filin, elle écarte les bras, les jambes. Son sac à dos pendouille avec elle. Cécile Lecomte sourit. Et non loin de là, devant elle, un train à l’arrêt. Fumant.
Le lendemain de l'anniversaire de Tchernobyl, elle a stoppé de cette façon un train transportant de l'uranium près de Pierrelatte (Drôme). «Connue sous le pseudonyme de "l'écureuil farouche", Cécile Lecomte est descendue en rappel d'un pont autoroutier forçant le convoi de 25 wagons en provenance d'un centre d'enrichissement d'uranium à s'arrêter», a annoncé la police. Des unités spéciales interviennent. «Quand j'ai la tête en bas, ils ne savent pas comment me déloger», s'amuse-t-elle. «Elle n'a pas froid aux yeux mais elle fait attention à ce qu'elle fait», dit un antinucléaire. A 27 ans, «Eichhörnchen», l'«écureuille», comme l'a surnommé la police, prend des risques calculés.
Cheveux courts façon garçonne, habillée pour la rando, elle triomphe : «J'ai bloqué la moitié des transports de l'année dernière, fait-elle, l'œil pétillant. C'était dans tous les journaux allemands.» Elle rit. Ses actions posent un problème inédit à la justice. «Des juges ont dit qu'à huit mètres de hauteur, je n'entravais pas le passage du train…» Le procureur a requis une peine d'amende.
L'«écureuille» vit seule dans une roulotte à deux niveaux, entourée d'arbres, à Lünen




