Elle parle sans reprendre son souffle. Certains de ses mots ont l’étrange consonance d’une ferveur de premier chrétien. Elle dit : amour, mission, générosité, souffrance, partage. Mais si chemin de Damas il y a, celui de Claire Nouvian est passé par l’aquarium de Monterey (Californie). C’est là qu’elle a eu la révélation de la beauté du monde. Ou plutôt de sa version la plus inconnue, la plus sombre et la plus profonde : la vie dans les abysses.
Il y avait de solides présages à une vie d’aventure. Une enfance balancée de l’Algérie au Poitou, de Paris à Hongkong et le goût des langues étrangères (anglais, allemand, espagnol, chinois et russe) choisies en fonction du nombre de locuteurs. Mais l’affaire a failli s’enliser au terme de ses études d’histoire, d’une obscure thèse de numismatique et d’un mariage précipité à Las Vegas. Un épisode de sept mois de balade en Amérique du Sud va la ramener à la nature. C’est décidé, elle fera carrière dans le film animalier, tour à tour assistante, réalisatrice puis productrice.
Est-ce d’avoir frôlé la mort en attrapant la fièvre du Nil puis la dengue, au cours d’un tournage en Afrique, qui lui donne ce sentiment d’urgence et cette empathie pour les obscurs et les faibles ? En visite à l’aquarium de Monterey, c’est le coup de foudre, la fascination pour ces êtres éthérés, filaments de lumière, corpuscules multicolores, voiles délicats au lent ballet. Là est la dernière frontière, un univers parallèle que la vie a forgé en secret et que nous




