Entre un entretien avec Sarkozy et un concert au Stade de France, Bono, le leader de U2, poursuit son combat, avec son ONG de solidarité internationale, ONE. Il se confie à Libération.
Qu’ont changé les Objectifs du millénaire depuis dix ans ?
Si on ne cède pas au pessimisme, beaucoup de progrès ont été réalisés. La campagne d'annulation de la dette, la scolarisation de 42 millions d'enfant en Afrique, l'accès aux traitements antisida de 4 millions de malades. Il y a dix ans, le patron d'Usaid [la coopération américaine, ndlr] se foutait littéralement de notre gueule quand on évoquait l'accès universel. «Les médicaments ? Les Africains ne sauront pas s'en servir», se moquait-il. Des membres de U2 me disaient que j'allais me ridiculiser en rencontrant George Bush. Il a pourtant monté son plan Pepfar [Plan présidentiel d'aide d'urgence à la lutte contre le sida], discutable mais efficace, et fourni plus d'un million de trithérapies. La réalité, c'est qu'il faut se battre, société civile et médias, pour pousser les pays à tenir leurs engagements. Et ne pas trahir notre raison d'exister. Il faut arrêter de se focaliser sur les statistiques sur la pauvreté et regarder en face le monde que l'on ne veut pas voir.
La part de l’aide des pays riches rapporté à leur richesse reste inférieure à ce qu’il était il y a quarante ans… Ce n’est pas déprimant ?
On peut toujours se battre sur les objectifs pour que les pays riches versent 0,5% de leur PIB à l’aide publique au développement en 2010, comme ils l’ont, en vain, promis. Mais je commence à être agacé par ce combat pour pousser les Etats à atteindre 0,42%, 0,43%… La question est : sera-t-on sur




