L’île du bonheur ou de la prospérité. Ainsi traduit-on Fukushima. La province-capitale portait bien son nom jusqu’à ce funeste mois de mars 2011 où la côte Est du Japon est rincée par un tsunami et trois réacteurs nucléaires secoués jusqu’à la fusion. Oui, l’«île du bonheur» était et reste belle. La campagne y est enchanteresse, les rizières géométriques, les montagnes rondes, les forêts intrigantes et l’océan pacifique. La province est grande comme le Monténégro. Y vivent 2 millions de personnes. Dans la zone évacuée, toutes les maisons sont fermées comme si les habitants étaient partis en vacances, tous ensemble et pour longtemps. On les imagine en voyage (dés)organisé quelque part. Si plus personne n’a le droit de s’aventurer à moins de 20 kilomètres de la centrale, toutes les routes ne sont pas gardées par des hommes masqués. Certaines, où s’élèvent de frêles barrières, sont colonisées par une nature à l’état sauvage, des herbes folles et des fleurs odorantes. On peut s’y promener sans craindre de se faire renverser, à part, peut-être, par un singe facétieux ou un sanglier hébété. Les audacieux randonneurs peuvent longer la côte le long de falaises léchées par des vagues bleu roi. Les oiseaux piaillent. Le compteur Geiger crépite. L’usine est à 2 kilomètres. A la sensation d’une promenade banale se mêle une crainte incertaine, une intuition idiote de danger imminent. On marche et puis on oublie.
Fukushima est aussi une ville quadrillée à l’américaine, encaissée entre des




