Déjà réalisées, en cours de travaux ou encore en projet, voici dix idées innovantes adoptées par des villes pour s’adapter aux changements climatiques et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Des cités (cinq du Nord, cinq du Sud) pas forcément calquées sur un modèle écocitoyen, pas toujours à la pointe d’un renouveau écologique durable, mais représentatives de la quête pour améliorer transports, déchets, énergie, alimentation, etc. Tour d’horizon.
Virer les voitures comme à Helsinki
La capitale de la Finlande entend se passer de voitures d'ici 2025. Pour cela, elle doit transformer son réseau de transports publics en un système de mobilité à la demande. Et proposer aux usagers un éventail de solutions bon marché, flexibles et coordonnées, rendant la possession d'une bagnole obsolète. Une idée qui fait son chemin, comme à Stockholm où seuls 8 % des jeunes ont désormais l'intention de passer leur permis de conduire. Pour repenser la mobilité, il suffira de préciser un lieu de départ et une destination sur une appli qui proposera un maillage de déplacement optimal avec des petits autobus, voitures électriques sans chauffeur ou partagées, des vélos et des ferrys. Ce projet ambitieux s'inspire de Kutsuplus, un service de minibus innovant déjà mis en place. Depuis deux ans, il permet à ses utilisateurs, via leur smartphone, de choisir un point de départ et une destination. Leurs demandes sont regroupées via un système qui calcule le meilleur itinéraire.
Une idée qui inspire : Hambourg, en Allemagne, d'ici 2034. Pontevedra, en Espagne, déjà à 70% piétonnier. Bruxelles, qui vient de créer la plus vaste zone piétonne d'Europe (50 hectares).
«Energiser» ses déchets comme à Durban
Alors que le charbon représente 75 % de l'énergie primaire dans le bilan énergétique de l'Afrique du Sud, les déchets pèsent 4 % des émissions du pays. La municipalité d'eThekwini (qui inclut la ville de Durban) a lancé un programme pionnier qui vise à utiliser les gaz des décharges municipales pour produire de l'énergie. Initiative capitale : le CH4 (méthane) est un des six gaz néfastes pour la couche d'ozone - 21 fois plus néfaste que le CO2. EThekwini veut collecter et détruire 70 % des émissions de gaz de ses décharges (dont la plus grande d'Afrique, 5 000 tonnes de déchets par jour). 103 puits de captage ont été construits et sont reliés à une centrale qui, en brûlant le méthane, fournit de l'électricité. La centrale est raccordée au réseau de distribution d'électricité de la municipalité. Par ailleurs, plus de 800 000 habitations reçoivent des sacs orange chez eux, qui servent exclusivement au tri du plastique, du papier et du carton.
Une idée qui inspire : partout. Un exemple, le biobus entre Bristol et Bath roule aux excréments humains.
Avoir un plan climat ambitieux, comme à Grenoble
La ville pouvait déjà se targuer d'être arrivée, en 2013, cinquième au classement du magazine Forbes des villes les plus innovantes (6,23 brevets pour 10 000 habitants) dans le monde. Ou d'être sacrée, en 2014, deuxième ville européenne capable d'offrir le meilleur écosystème en connectant les citoyens, les universités et les entreprises. Mais Grenoble s'illustre surtout pour avoir été la première agglomération à se doter d'un plan climat, en 2005. En dix ans, elle a baissé de 18 % ses émissions de GES, de 14 % sa consommation d'énergie, de 19 % les particules fines, et augmenté de 13,6 % sa production d'énergie renouvelable locale (hydroélectricité et biomasse). Là où Grenoble a certainement le plus innové, c'est en luttant contre la pollution visuelle : le nouveau maire écologiste a décidé de supprimer 2 051 mètres carrés de publicité dans l'espace public.
Une idée qui inspire : Pas forcément, mais d'autres villes ont des plans climat que les ONG jugent intéressants, comme Rennes ou Nanterre, Bourges.
L’écoquartier de la Caserne de Bonne, à Grenoble, en 2012. (Photo Sébastien erome. Signatures)
Redessiner la ville, comme à Medellín
Lorsqu'on l'avait rencontré l'an passé, à l'occasion du Forum urbain mondial, Aníbal Gaviria Correa planait un peu. Avec raison : la ville qu'il dirige depuis 2012 a changé de visage. En 1991, Medellín, connue pour son cartel de la drogue, tenait le rang de cité la plus violente au monde : 390 homicides pour 100 000 habitants. Vingt et un an plus tard, la deuxième ville de Colombie écopait du statut de la «ville la plus innovante du monde», selon The Wall Street Journal. Elle a réduit de 95 % son taux d'homicides et fait baisser le taux d'extrême pauvreté à 3 %.
Sa recette : la mobilité créative, avec un symbole, le metrocable, système de téléphériques relié au métro qui a désenclavé les quartiers les plus déshérités. On trouve des escaliers roulants dans des bidonvilles escarpés (la ville est entourée de montagnes), des vélos en libre-service, un nouveau tramway, des équipements publics (bibliothèque, musée, etc.) au cœur de favelas misérables. Une ceinture verte transforme les zones intermédiaires entre les quartiers urbains et les communes rurales environnantes. Medellín a mis en place une transformation culturelle, sociale et environnementale qui réinvente l’équité et réhabilite l’action politique et citoyenne.
Une idée qui inspire : Rio a désormais son «câble» qui désenclave douze favelas. Même Paris parle ces jours-ci de faire un tramway entre les gares d'Austerlitz et de Lyon (mais pour les passerelles avec les villes dites de banlieue, on repassera).
Foncer vers le zéro déchets, comme à San francisco
Zero waste («zéro déchets») est un projet lancé en 2002. Le but : parvenir en 2020 à recycler ou composter la totalité de ses déchets. La ville de 840 000 habitants et 65 000 entreprises élimine déjà 80 % de ses détritus produits, soit le double de la moyenne aux Etats-Unis. Le tout s’est fait progressivement : obligation aux entreprises de BTP de gérer leurs gravats en 2004 ; interdiction de contenants ou couverts en polystyrène en 2006 dans les restaurants, bannissement des sacs plastique en 2007, recyclage et compostage de tous ses déchets obligatoires, avec un système de bonus-malus et des amendes allant de 73 à 730 euros. Depuis 2014, la vente et la distribution des bouteilles d’eau en plastique sont interdites dans les espaces publics. A l’arrivée, la ville a créé 1 000 emplois, allégé la facture de la gestion des déchets, utilisé moins d’eau, etc.
Une idée qui inspire : Halifax et Toronto, au Canada, Seattle et San José aux Etats-Unis. En France, 58 collectivités ont répondu fin 2014 au slogan «territoires zéro gaspillage, zéro déchets», dont Roubaix, en pointe sur ce sujet.
S’éclairer en renouvelable, comme à Ouagadougou
Avec un taux d’accès à l’électricité inférieur à 20 % et une demande qui connaît une croissance annuelle d’environ 8 %, le Burkina Faso est confronté à un important défi énergétique et doit importer 45 % de son électricité du Ghana et de la Côte-d’Ivoire. Outre sa problématique environnementale, la dépendance aux hydrocarbures importés pèse fortement sur la facture énergétique des ménages. La centrale de Zagtouli, dont les travaux viennent de débuter, comptera 40 unités de 2 400 panneaux solaires chacune, soit 96 000 panneaux photovoltaïques. Le tout produira 32 gigawattheures par an, soit 6 % de la production d’électricité totale du pays. Elle sera l’une des plus grandes d’Afrique subsaharienne. Le projet est cofinancé par l’Agence française de développement, la Banque européenne d’investissement et l’Union européenne.
Une idée qui inspire : Ou, en l'occurrence, qui a inspiré Ouagadougou : la ferme solaire de Jasper, près de Kimberley en Afrique du Sud, la plus grande centrale photovoltaïque du continent.
Des Burkinabées lors d’un cours d’énergie solaire dispensé par une ONG indienne, en 2011. (Photo Dieter Telemans. Cosmos)
Partager son alimentation, comme à Todmorden
Des potagers dans la ville. Anecdoctique ? Pas vraiment. Emblématique de la reconquête de l'espace citadin pour verdir, nourrir et développer les initiatives non marchandes, Todmorden est un modèle de l'autosuffisance alimentaire. L'idée a germé en 2008 dans cette petite ville (15 000 habitants) entre Leeds et Manchester, au cœur de la crise. Comment trouver des alternatives à la misère ? Par le partage. Et la gratuité. Un mouvement a initié the Incredible Edible («incroyables comestibles»), et des potagers ont fleuri dans les écoles, devant les postes de police, le long du canal, etc. La consommation - souvent bio - tient de la révolution «peas and love».
Une idée qui inspire : Partout, du Japon au Chili en passant par la France.
Se protéger des inondations, comme à Jakarta
La capitale indonésienne est le creuset de 13 rivières ou fleuves, et 40 % de son territoire est en dessous du niveau de la mer. Elle s’est lancée dans la construction d’une «grande muraille» dans la mer, une des plus grandes digues au monde. Le mur, qui doit s’étendre sur 35 km le long de la baie sur la côte nord de la ville - 16 m sous la mer, 7 m au dessus -, est la pierre angulaire d’un projet à long terme estimé à plus de 40 milliards de dollars (36 milliards d’euros), comprenant la reconquête de terre sur la mer pour aménager des îles. Le projet est né en 2007 avec l’apparition d’un nouveau type d’inondations qui ont plongé des quartiers entiers sous les eaux lorsque des digues ont été dépassées par la marée haute. La faute à un pompage de plus en plus important des nappes phréatiques pour les besoins de la population qui explose, provoquant un affaissement des sols. Jakarta s’efforce aussi de revitaliser ses canaux, souvent des déchetteries à ciel ouvert.
Une idée qui inspire : Bangkok, qui surélève régulièrement ses digues, Hanoï, protégé par une digue de 14 mètres de hauteur, Rangoon, régulièrement inondée, la Nouvelle-Orléans…
Rêver du zéro émission de CO2, comme à Copenhague
C'est, là encore, un symbole. Mais pas que : quelle sera la (grande) ville qui, la première, décrochera la palme du zéro émission de CO2 ? Au-delà du plan com bien vu, la quête de l'autarcie énergétique n'a plus rien d'un délire utopique. Et en dépit des méthodes de calculs (inclusion ou pas du nucléaire, compensation carbone ou pas, etc.), c'est, pour la capitale danoise, une réalité prévue pour 2025.
Copenhague a pas mal de choses pour elle : 60 % de ses habitants se déplacent à vélo, elle consomme 75 % de nourriture bio dans ses cantines, elle a été nommée ville la plus verte d'Europe en 2014, et a baissé ses émissions de 20 % quatre ans avant une première date butoir en 2015. Mais elle va passer à une autre échelle : rénovation des bâtiments (75 % des émissions de CO2), conversion des centrales charbon vers la biomasse ou le bois, autoroutes pour vélos, etc. En tout, 360 millions d'euros investis mais, grâce aux incitations fiscales, ils comptent récupérer 33 milliards d'euros dans la production d'énergie verte. A l'arrivée, jusqu'à 36 000 nouveaux emplois seront créés. A défaut du miracle, une réelle transition énergétique.
Une idée qui inspire : Adélaïde, Newcastle, Fribourg, Munich, la course est lancée.
Isoler le bâti avec des algues, comme à Dakar
C'est la première ville africaine à avoir, en 2013, instauré un plan climat. C'est aussi une mégapole en croissance qui surexploite son environnement naturel et accentue les déséquilibres socio-écologiques : 3,5 millions de personnes, soit un quart de la population, vivent sur… 2 % du territoire. Et Dakar est la deuxième ville la plus polluée d'Afrique. Mais elle bouge. Symbole de la coopération décentralisée, le plan climat a été réalisé avec la région Ile-de-France. Evaluation des émissions, études de vulnérabilité, il a embarqué une multitude d'initiatives citoyennes. Parmi elles : énergie solaire pour alimenter les écoles ou l'éclairage public ; développement de petites éoliennes pour pomper l'eau et irriguer les cultures maraîchères. Ou plus innovant : isolation d'un bâti anarchique avec une algue invasive qui dégage du CO2 et pollue le fleuve. Les premières bases pour (ré)inventer un nouveau modèle de développement.
Une idée qui inspire: Toutes les grandes villes d'Afrique, dont Johannesburg.




