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Interview

Thierry Candresse «Détecté tôt, le problème peut être éradiqué»

La dangerosité de la bactérie repérée en Corse dépend de la manière dont elle a été introduite sur l’île, explique le virologue de l’Inra.

Publié le 23/07/2015 à 20h26

Thierry Candresse dirige l’unité «biologie du fruit et pathologie» de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) à Bordeaux.

Que sait-on de la bactérie Xylella fastidiosa ?

C’est une bactérie un peu particulière qui vit dans le xylème des plantes, les vaisseaux conducteurs qui alimentent la partie supérieure en eau. Chez certaines plantes, elle est inoffensive. Chez d’autres, elle peut bloquer le fonctionnement des tissus conducteurs et entraîner la mort du végétal par dessèchement. Ce processus ne prend parfois que quelques mois, parfois plusieurs années. Tout dépend de l’espèce infectée.

L’olivier n’est donc pas le seul arbre menacé.

Non. Dans leur ensemble, les différentes souches de Xylella peuvent aussi causer de graves dégâts sur les vignes, les arbres fruitiers à noyaux, les agrumes, le laurier-rose… Des végétaux dont les cultures sont importantes autour de la Méditerranée.

Comment se propagent ces bactéries ?

Via les petits insectes se nourrissant de la sève des plantes infectées. Les bactéries s'accumulent dans leur œsophage en attendant de contaminer le prochain plant où ils s'alimenteront. D'un point de vue épidémiologique, c'est un processus très efficace. On sait que deux espèces de cicadelles [un insecte parasite, ndlr], très répandues en Europe, peuvent la véhiculer. La cigale est soupçonnée de faire de même, mais cela reste à démontrer. Sur les longues distances, la maladie voyage de deux façons : par le commerce ou l'importation illégale de plants infectés, ou, c'est moins courant, par le transport d'insectes porteurs de la bactérie.

Et dans le cas corse ?

Il est trop tôt pour le dire. Il semble que le ou les plants infectés étaient plantés sur le parking d'un centre commercial depuis plusieurs années [2010 d'après le directeur du centre, ndlr], mais cela ne renseigne pas sur l'origine de la contamination. Ils ont très bien pu être importés en étant déjà contaminés. On ne peut pas non plus exclure une contamination ancienne en Corse.

Comment repérer les plants infectés ?

C’est difficile, les symptômes ne sont pas typiques. On observe généralement un dessèchement du bord des feuilles qui s’étend peu à peu au reste de la plante. Mais il peut très bien s’agir d’un arbre sain qui a soif… Cela complique la lutte contre cette maladie.

Existe-t-il un moyen de l’éradiquer ?

Aujourd'hui, on ne sait pas guérir ces plantes. Mais, détecté tôt, le problème peut être éradiqué. On a recours à l'arrachage des plantes infectées, à des traitements insecticides pour supprimer l'activité des vecteurs de la maladie et à une surveillance minutieuse de la zone environnante. Lorsqu'on le découvre très tard, comme ce fut le cas en Italie où plusieurs milliers d'hectares d'oliviers étaient déjà atteints (lire page 4),ça se complique. L'éradication n'est plus envisageable, car il faudrait alors retirer la totalité des espèces végétales présentes dans la zone. C'est inimaginable. Dans ce cas, il faut apprendre à vivre avec la maladie, même si c'est terrible pour les oléiculteurs. Cela implique de changer les cultures et de lutter de façon continue contre les insectes vecteurs.

Faut-il s’inquiéter ?

Le scénario catastrophe serait que la bactérie soit présente depuis longtemps sur l’île et qu’il s’agisse d’une souche capable d’infecter plusieurs espèces végétales, comme la vigne et l’olivier. S’il s’agit de la même qu’en Italie, les oliviers seront touchés mais les vignes devraient être épargnées. Est-ce la même ? Ce sera aux enquêteurs scientifiques de le dire.

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