Sur l'arène ronde du théâtre aux murs enduits d'une ocre rouge de fresque vénitienne délavée, Peter Brook (72 ans, jeune regard bleu) paraissait ému d'être assis, là, sur une chaise, chez lui, entre deux personnes en train de se passer le relais, sinon le flambeau. Ainsi Micheline Rozan va-t-elle quitter son rôle le plus long de sa féconde carrière de codirectrice des Bouffes du Nord et du Centre international de créations théâtrales (CICT); arrive pour lui succéder, point du tout abruptement, Stéphane Lissner, qui était jusqu'ici directeur général du Théâtre du Châtelet et qui dirige, depuis 1996, le Festival d'Aix il s'est empressé de commander à Peter Brook pour l'été 1998 la mise en scène du Don Juan de Mozart. Voilà comment ces deux hommes, depuis dix-huit mois, ont commencé à collaborer et s'apprécier. Stéphane Lissner (44 ans, affable organisateur et madré connaisseur) débuta, après avoir lui-même joué la comédie, en gérant les travaux de gens comme Françon, Sobel, Engel, Gironès, puis en devenant le bras droit de Gabriel Garran à Aubervilliers. En 1983, il obliqua vers la musique, en entrant au TMP-Châtelet.
Lissner éprouve une vraie admiration à l'endroit de Rozan, pour lui la seule équivalente, dans ce pays, à un producteur disparu qui était l'âme du théâtre Mogador, Fernand Lombroso. Symétriquement, Rozan estime Lissner, son «meilleur casting», auquel elle a souhaité bon vent en le faisant asseoir symboliquement à la droite de Brook, mercredi dernier, quand d




