Vladimir accablé toujours a repris le combat, malgré la certitude qu'il n'y avait rien à faire, et que pour un seul homme c'était trop. Et il songe à voix haute: «D'un autre côté, à quoi bon se décourager à présent. Il fallait y penser il y a une éternité.» De son petit nom Didi, Vladimir vient de retrouver Estragon, compagnon d'errance, là, mal en point: un vestige d'humanité comme lui, un vagabond comme lui, qui bientôt sera soulagé de pouvoir mâchouiller la carotte crue que Vladimir lui tendra, extirpée de sa poche de pantalon, poche informe contenant aussi des navets.
Mais Estragon dit Gogo, exècre le goût du navet. Peinant à enlever des godillots trop petits pour ses pieds endoloris, Gogo n'écoute que d'une oreille Didi leur imaginant au passé un double et glorieux suicide: «La main dans la main on se serait jetés en bas de la Tour Eiffel, parmi les premiers. On portait beau alors. Maintenant il est trop tard. On ne nous laisserait même pas monter.» Mirage. Ces deux là, dilués dans un temps sans consistance et une damnation d'exilés, attendent donc faut-il le redire? Godot, non loin d'un arbre ou plutôt de cet arbuste théâtralement mythique, un arbrisseau aux branches duquel il leur serait loisible de se pendre: «Ce serait un moyen de bander», précise Vladimir, qui est celui qui le plus souvent a les idées. Et cette idée-ci les possédera jusqu'à la toute fin, où ils doivent admettre que la corde qui attache le froc d'Estragon n'est guère solide. Le suicide n'a plus d




