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Critique

En «May», mamie fait ce qui lui plaît

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Théâtre. Didier Bezace adapte le film «The Mother» sur la scène d'Aubervilliers.

Publié le 17/05/2007 à 7h48

«Je pensais l'autre jour que jamais plus personne ne me toucherait, excepté le croque-mort», dit May, tout de go. Ainsi les mots, quand ils parviennent à attraper l'évidence, se font-ils sensations. May, âgée de soixante-cinq ans, a donc imaginé dans sa tête, comme les sentant sur son corps, les mains impersonnelles de l'employé des pompes funèbres. Voilà qu'elle se remémore cette vision à l'instant même où elle émerge d'une volupté inespérée.

James Bond mesmérisé. Il y a peu de jours que son mari a calanché, de mort subite, et dans ce lit où l'improbable amant de sa propre fille lui redonne ainsi du peps, elle rêve, revit... Dans le brillant film The Mother, écrit par Hanif Kureishi, une autre comédienne se faisait ainsi rêveuse dans les rudes bras d'un Daniel Craig en fol objet du désir, non encore transmué en James Bond mesmérisé. Sur le plateau de La Commune, c'est l'acteur Patrick Catalifo qui endosse, avec une animale et sombre intensité, ce rôle du dénommé Darren, entre beauté du diable et cynisme veule, tapant l'incruste sous couvert de petits boulots de bricolage. La vieille dame soudain indigne, qui fond et le sollicite, a les traits paisibles, les attitudes gauches et l'impétuosité contenue de Geneviève Mnich, grand-mère de province arrivée chez ses enfants à Londres. Quelque chose en elle de Giulietta Massina dans Ginger et Fred : un côté inentamé et inentamable, un rien lunaire. Sans cesse digne, elle flotte.

Au départ,

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