Cela vaut parfois le coup de coucher avec ses ennemis. Pour Dominique Francon, l'une des héroïnes de The Foutainhead («la Source vive»), le roman d'Ayn Rand, c'est même une question de survie : les hommes de sa vie sont tous des adversaires, et ses sentiments à leur égard oscillent du mépris à la haine en passant par la peur. Coucher avec l'ennemi, c'est aussi ce que propose le spectacle d'Ivo Van Hove, directeur du Toneelgroep d'Amsterdam.
L'ennemi en question s'appelle Ayn Rand, philosophe et romancière américaine d'origine russe, née à Saint-Pétersbourg en 1905, morte à New York en 1982, égérie de la droite utralibérale aux Etats-Unis, chantre de l'individualisme et de l'égoïsme («selfishness»), contre l'altruisme.
En haleine. Si Ivo Van Hove a choisi d'adapter The Foutainhead, publié en 1943, ce n'est pourtant pas pour régler des comptes, ni par goût de la provocation. Au départ, dit-il, il y a eu simplement la révélation de ce gros roman. «J'ai aimé ce livre, explique-t-il dans le programme, parce qu'il pose la question de l'essence de la création [et qu'il] engage très fortement la réflexion sur des positions contradictoires et la beauté des choses.»
Son spectacle, qui tient en haleine les spectateurs pendant quatre heures, est porté par cet amour du roman et rend hommage à ses qualités, respectant son fil et sa structure, même s’il ne restitue qu’environ un quart du texte.
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