Lycra rouge, noir et marron, dentelles gothiques, velours frangé. A l'image de ses costumes comme sortis de Hunger Games, la chorégraphie signée par Tânia Carvalho pour le Ballet de l'Opéra de Lyon se tient au bord du kitsch. Un gouffre infernal dans lequel cette chorégraphe portugaise ne se précipite jamais tout à fait, mais dont elle considère, presque amusée, les miroitements fascinants. On la suit de près, car elle est l'une des rares à s'emparer d'une iconographie expressionniste devant laquelle la danse contemporaine s'est longtemps pincé le nez (on lui a souvent préféré l'épure minimaliste). Par «expressionniste», on n'entend pas forcément l'élégance de Pina Bausch, mais les grimaces carnavalesques héritées de Bosch, Murnau ou Cranach. C'est ce subconscient qui semble hanter les clairs-obscurs de Xylographie, curieux ballet comme inspiré des chronophotographies d'Eadweard Muybridge. «C'est du second degré ou pas ?» entendait-on dans la salle. A défaut de trancher, on notera que Carvalho n'a pas fui devant le défi de composer pour des danseurs de ballets virtuoses, corps glorieux plutôt éloignés de son savoir-faire habituel. Pire, elle y est allée à fond : grands écarts onctueux, sauts emphatiques… Des codes esthétiques qui passeraient pour pur mauvais goût si elle ne parvenait à les distordre dans les anamorphoses de son univers. C'est ce qu'on appelle un exercice de style réussi.
Critique
Tânia Carvalho au bord du kitsch
La Portugaise surprend avec sa première création pour le Ballet de l’Opéra de Lyon.
Publié le 25/02/2016 à 17h31
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