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Libération
Critique

Thomas Luz, extase acoustique

Planante exploration sonore du Suisse aux Amandiers.

Les ballons-planètes de Luz. (Photo Tabea Hüberli)
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Publié le 07/04/2016 à 18h51

Il n’y a pas besoin d’être très réveillé pour entrer de plain-pied dans l’étonnant spectacle conçu par Thom Luz, créateur Suisse, présenté pour la première fois en France, et qui nous plonge dans un agréable état second, sans prise de drogue. Thom Luz, créateur ? C’est ainsi qu’on dit quand on ne sait pas quoi dire et, en effet, le travail scénique de l’auteur-metteur en scène-plasticien ne laisse pas place à une définition stricte. On pourrait aussi bien dire qu’il est horloger, tant les phénomènes physiques inhabituels ou détraqués qui se jouent sur scène obéissent à la mécanique précise des célèbres montres suisses. De temps, il est bien sûr question, non seulement de le remonter, mais aussi, en s’inspirant du livre du savant William R. Corliss, de présenter sur scène des phénomènes naturels anormaux ou inexpliqués, comme lorsqu’à la place de tomber la pluie remonte jusqu’au ciel. Le spectacle s’ouvre sur un brouhaha entêtant : le bruit des vagues sur les rochers ? Ou les sons d’une salle avant un concert ? On hésite, c’est la deuxième réponse qui est à la bonne, mais dans ce spectacle, il ne s’agit justement plus d’avoir tort ou raison, mais de baisser la garde, se laisser porter, envahir par les images, et soulever par les bandes magnétiques qui, au rythme de la musique, élèvent doucement des ballons-planètes tandis qu’un chevalier armé entre sur scène à pas de velours. Si on ne le remarque pas immédiatement, c’est parce qu’on est concentré sur un trio de musicien (deux hommes, une femme) en tenue de soirée, eux-mêmes très occupés à commenter, à voix basse et avec moult gestes, les installations magnétiques. Le concert aura bien lieu, l’atmosphère sonore et vocale est dans ce spectacle aussi prégnante et travaillée que son aspect visuel, et lorsque le chevalier tombe le heaume, il est tout aussi stupéfait que nous, qui découvrons une jeune femme aux cheveux bleus dont la cape mousseuse, avant de se transformer en robe de bal s’associe aux nuages. Va-t’elle s’envoler ? Pourquoi décrire ce qui échappe aux mots ? Il reste encore une poignée de jours pour découvrir l’étrangeté habitée de Thom Luz.

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