«Le mot en arabe, écrit là, derrière moi ?» Oui, ces grandes lettres en fil de fer forgé, accrochées sur le mur de sa chambre, ça veut dire quoi ? «La nuit», traduit le jeune homme. Evidemment. Sur la fenêtre Skype de notre ordinateur, en direct d'un appartement beyrouthin, le mot «nuit», donc, (layl, en arabe) auréole le visage d'Ali Chahrour comme le surtitre d'un film. Cette structure métallique est un cadeau du designer Abdallah Hatoum, précise-t-il. «On peut changer l'ordre des lettres, si on veut.» Inventer un mot nouveau, essayer de tordre les fils pour voir si «night», un jour, pourrait devenir «light» par exemple, ce serait beau, n'est-ce pas ? Ce ne sera pas pour aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est pas facile, c'est triste. Ce jeune chorégraphe que l'on se réjouissait de retrouver au Festival d'Avignon, avant l'annonce de l'annulation, est viscéralement attaché à sa ville, Beyrouth - cette ruine vibrante de laquelle il extrait des lamentos outrenoirs et scintillants. Et pour la première fois, il ose doucement formuler le verdict : c'est peut-être le moment de partir. On se mord les lèvres de lui avoir posé la question. Et d'avoir dû mesurer l'étendue du chagrin dans la voix, après le silence, lorsqu'il a convenu : «Oui, c'est peut-être maintenant. La plupart de mes amis artistes sont déjà partis dans différentes villes d'Europe. Ce n'est pas juste le manque d'argent. Peut-être faut-il le laisser, ce pay
Le portrait
Ali Chahrour, sorti de Beyrouth
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Le chorégraphe libanais, qui a vu son spectacle annulé à Avignon, se prépare émotionnellement à devoir quitter son pays, en faillite.
(Photo Myriam Boulos pour "Libération")
Publié le 28/04/2020 à 17h06
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