Parce que le «vieux garçon catho et cul serré» c'est ainsi que
vous qualifiez Philippe Grandrieux ne peut répondre à un article tel que le vôtre (Libération du 27 janvier) sans passer pour un artiste paranoïaque ou prétentieux, je prends aujourd'hui la défense d'un homme et d'une oeuvre qui travaille enfin la violence de son siècle.
Sombre est un film où les corps s'échouent dans la boue, sur le sable, dans l'eau, voudraient défoncer les murs. Parce qu'il se loge à l'intérieur de nous. Ce «nous» filmé par Pelechian lorsqu'il tente de donner des images aux nôtres, celles qui nous arrivent lorsque la nuit, en proie aux archaïsmes, toutes les tragédies et tous les contes reviennent nous hanter: le Petit Chaperon rouge, Blanche-Neige, Peau d'Ane, Médée, Hérode et Barbe-Bleue, ce sont eux que Sombre fait réapparaître au travers d'un homme et d'une collection de femmes. Des enfants hurlent devant le guignol d'un loup, d'un animal noir surgi de la nuit des temps. C'est l'histoire d'une bête, mais là où le film trouble, c'est que cette bête n'est pas traquée. Pas de corps social pour réprimander cette folie meurtrière. C'est en cela que le film dérange. Tout le long, on s'en défend. Je ne peux tout regarder. C'est sombre et pourtant, c'est encore trop clair pour cet innommable. C'est sombre depuis longtemps.
Ce n'est que libérée de l'épreuve, quelques jours plus tard, que je me rends compte à quel point je ne chasse plus le film et que je me laisse faire parce que enfin une oeuvre