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Portrait

Couper, draper, épingler

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Publié le 14/12/1994 à 23h12

»«J'ai d'abord cherché à la protéger. Tous ceux qui ont profité

d'elle auraient encore trouvé le moyen de briller à ses dépens.»

Anne Grès, sa fille, justifiant son silence.

Si, dans l'histoire de la mode, Grès signifie drapé, la couturière aux mains lourdes de bagues savait aussi découvrir une hanche inattendue.

Couper, draper, épingler

Marcia Lippman / Metropolitan Museum

Robe du soir, 1971, jersey de soie (Coll. Oscar de la Renta).

Marcia Lippman / Metropolitan Museum of Modern Art (New York)

Portrait pascaline cuvelier

- Madame Grès était une toute petite personne. Elle avait une minuscule voix, un air timide et secret, le sens du mot juste et de la perfection qui se déployaient quelquefois dans une attitude sévère, les bras croisés et l'oeil attentif à ce que tout marche à l'atelier, dans le droit fil de ses modèles à la découpe radicale, enlacés au corps ou s'en détachant dans un élan royal ou monacal. Toujours vêtue dans les tons sombres, classique et stricte, seul un foulard soyeux dérogeait à cette réserve discrète, à cet effacement doublé d'une prodigieuse énergie travailleuse. Rien d'autre ne l'intéressait sinon couper, tailler, épingler. Elle coiffait sa silhouette menue d'un éternel turban noué, comme Simone de Beauvoir. Il était en jersey rappelant comme un emblème ce tissu privilégié qu'elle a su la première (notamment le jersey de soie) travailler avec acharnement, lui permettant de densifier les plis et les tombés de ses drapés infernaux. Ses mains gracieuses s'or

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