Rares sont les célébrations aussi vivaces. De là, il n'y a pas loin
à penser que Noël, ce n'est pas une bûche mais plutôt un bloc: des décorations apparemment figées dans les traditions. En réalité, sous une apparence qu'on croit immuable, l'apparat a nettement évolué au fil des âges. Même par rapport au début du siècle, «une grand-mère ne reconnaîtrait pas la fête de Noël», assure Françoise Lautman, chercheuse au CNRS. Ainsi la profusion de cadeaux et l'abondance de libations sont-elles une conséquence de la prospérité industrielle de la fin du XIXe.
Païens, religieux, laïques Ces changements, sur lesquels se greffent des particularismes locaux, se cristallisent dans les différents décors de Noël. Au Moyen Age, la fête, dont l'origine remonte aux antiques célébrations de changements de saison, se limite à une représentation religieuse. Au XVIe siècle s'imposent les crèches, au sud de l'Europe, et les sapins, au nord. Pour cette spécialiste, le Noël actuel a pris forme il y a tout juste un siècle. Le Père Noël, forme laïcisée de saint Nicolas, a fait figure d'innovation à la fin du siècle dernier en Alsace. Pour elle, «on retrouve aujourd'hui un fonds qui a toujours été païen. Le manque de détachement et de pauvreté inhérent à la fête ne fait pas du tout penser aux Evangiles».
Il est vrai que le raz-de-marée de produits de consommation mis en vente chaque année n'entretient qu'un rapport furtif avec la théologie du salut. La société De Maville, numéro un français de la décorati




