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Libération

Yann Kersalé, éclaireur à la nostalgie luciole

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Publié le 20/12/1994 à 23h28

L'homme s'est pris d'une audace particulière: éclairer la nuit; d'un

projet fou d'insomniaque: chasser les ténèbres, ces grandes paupières closes. On se souvient de ses installations lumineuses éphémères ou pérennes: le Grand Palais en 1987, qui vibre comme un grand poumon bleu d'athlète, les Champs-Elysées verdoyants, les docks recoloriés de Saint-Nazaire en 1990, l'opéra de Lyon avec sa casquette rougeoyante en 1992. Bientôt, en janvier, c'est le nouveau pont de Normandie, entre Honfleur et Le Havre, record du monde des ponts à haubans, qu'il va éclairer: blanc à l'extérieur, bleu à l'intérieur des piles. Joint par téléphone entre deux projets, entre deux avions, Yann Kersalé, l'illuminateur, se souvient des lucioles de Noël.

«J'habitais moitié en Bretagne, moitié à Paris. Dans les années 50-60, je me souviens des éclairages des grands magasins. En Bretagne, on allait à la messe de minuit, pour les chants et cette surenchère de cierges autour de la crèche. A la maison, il n'y avait pas d'exubérance particulière, on reprenait chaque année les mêmes guirlandes. Le feu en Bretagne »Ce qui me frappait, c'était ce contraste entre l'éclairage de la ville, le luxe parisien et ce mystère, cette étrangeté bretonne. D'un côté, ma Bretagne un peu païenne attachée au feu, à la cheminée, à la chaleur; de l'autre, le modernisme et l'abondance des guirlandes. »Dans les mémoires de lumières de mon enfance, il y a la fête de la Saint-Jean, qui est aussi la mienne, celle des feux. Il y ava

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