Moines du IXe à votre table au Saint-Victor
Nyons, envoyé spécial Il suffit de demander. François Trollat s'esquive un instant puis revient muni de deux sacs plastique. De l'un, il extirpe un fémur, de l'autre, une mâchoire fracassée. Le chef du Saint-Victor n'a rien d'un nécrophile. La singularité de son restaurant, établi à la sortie de Nyons, au coeur de la Drôme provençale, doit beaucoup aux premiers habitants du site: les moines d'un prieuré fondé ici au IXe siècle ont été enterrés sur place. Ils venaient de l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Pris dans les combats entre huguenots de Nyons et papistes d'Avignon en 1578, le prieuré a été abandonné par les moines, puis ravalé au rang de bastide des collines des Baronnies. Seuls les voûtes, les fondations et le pigeonnier ont nargué le temps. François Trollat montre volontiers au visiteur les ossements de moines incrustés dans le mur ou le sarcophage proche de la fontaine: «Depuis plusieurs générations, ma famille vit ici. Il y a cinq ans, après le décès de ma mère, j'ai hérité de la maison et des vignes qui l'entourent. J'avais une expérience de cuisinier et j'aimais le mystère des lieux.»
Le regard découvre d'abord un ensemble de bâtisses de pierres blanches surplombées par un pigeonnier. Cyprès, marronniers et tilleuls cohabitent avec les oliviers, un pamplemoussier et un citronnier. Les moines travaillaient la vigne. Mêlés aux oliviers, les ceps donnent aujourd'hui leur nom au domaine de la Tourette servi à table. L




