Lyon, de notre correspondant
«Au beau milieu d'une soirée réunionnaise très animée, j'ai pris le micro et je me suis lancée en disant: Le sida, c'est sérieux. On en parle ou pas? Je me souviens des rires des jeunes filles, puis d'un silence total. Et surtout de tous ces hommes qui ont baissé la tête en regardant leurs pieds.» Ce jour-là, Josette Dochez, infirmière en hématologie à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon, avait le disc-jockey pour seul allié. Elle a failli renoncer. Plus tard dans la soirée, un jeune Créole lui a confié son idée: pour informer un maximum de Domiens, il faut faire passer l'information par les bars et les «boutiques», ces magasins où chacun vient chercher les produits du pays. «C'était la bonne idée, raconte Josette Dochez, elle confirmait mon expérience: dans les séances du groupe de danse ou de cuisine de l'association, femmes et jeunes filles se retrouvent. Entre nous, on peut tout se dire.» Et d'abord constater que l'information en français «ne passe pas». RFO l'avait compris dès 1992: la radio d'outre-mer avait réussi à faire passer un message de prévention en jouant sur l'anonymat de la prise de parole des auditeurs et l'utilisation du créole. Restait à fabriquer les outils capables de porter le message auprès des 40.000 originaires des Dom-Tom de Rhône-Alpes, dont 15.000 Réunionnais. Environ 20% d'entre eux résident à Vénissieux, Vaulx-en-Velin ou Rillieux- La-Pape, trois villes de la banlieue lyonnaise. C'est au sein de l'association de Rill




