La semaine dernière, un frémissement de menace a semblé planer sur
la crédibilité des bureaux de styles, ces vigies de la mode chargées de prévoir les tendances deux ans à l'avance, sinon plus, pour les filateurs, tisseurs, fabricants, industriels du prêt-à-porter ou distributeurs. Richard H, le nouveau directeur de la mode au salon européen des tissus, Première Vision, qui officie sous ce nom tronqué, a en effet déclaré à l'AFP que «la matière s'impose aujourd'hui avant les formes». Ce qui semblait raboter la mode: ce ne serait pas elle, la pourvoyeuse des nouvelles tendances, sinon de l'air du temps, ce serait le seul matériau de base. Mais même avec tout le respect et parfois l'admiration justifiée que l'on doit à ces inventeurs de textures, un rouleau de tissu n'est pas encore une robe. Toutefois, en mettant l'accent sur le produit, l'innovation technologique et les nouvelles matières, Richard H déclarait que «le tissu est bien l'avenir de la mode». Et non pas le contraire.
Un autre signe est venu confirmer la mise en cause des bureaux de style. Le 15 janvier, le Journal du Textile, hebdo de la profession, annonçait la décision du salon Première Vision de ne plus confier à Li Edelkoort du studio Trend Union, l'audiovisuel des tendances qu'elle concoctait deux fois par an depuis onze ans, et de le remplacer par un film: «Cette rupture, même si on lui substitue une formule nouvelle intéressante, a une forte portée symbolique», notait l'hebdomadaire. Interrogé sur cette supp




