Nantes, correspondance
Ambassadeur enjoué du muscadet, le jovial patron du Fiacre, du village de Saint-Fiacre (Loire-Atlantique), a fêté l'arrivée du printemps à l'ombre des caves. Jacquot a en effet passé ses journées au cul des barriques à goûter les muscadets sur lie, qui sont mis en bouteille chaque année le lundi de Pâques. Il se préparait ainsi à enrichir d'un nouveau millésime sa carte, la plus riche du monde en muscadet: dans ce bistrot au vin chauvin, le patron cultive le favoritisme régional, proposant 104 crus différents, exclusivement des sur lie, provenant de dix-huit communes des appellations muscadet. «Toutes ces caves, je les connais: les vignerons ressemblent à leur vin, ou inversement. Le melon, y'a qu'un cépage comme ça au monde. C'est précieux!» Le melon, autrement dit le cépage muscadet, est un immigré traité avec tous les égards. Issu de Bourgogne, il a prospéré au début du XVIIe sur ce sol à l'orée de la Bretagne. Il est le seul à avoir résisté aux froids du «grand hyve» de 1709, qui avait gelé le vignoble jusqu'à la racine. Les vignerons ont eu fort à faire pour sortir ce vin blanc frais de sa renommée de piquette de comptoir, et la résurrection de la méthode du sur lie témoigne de leurs efforts. Le classement en AOC (appellation d'origine contrôlée) des muscadets sur lie ne date que de 1994. Auparavant cette méthode ne se pratiquait que pour la consommation privée. Par tradition, les vignerons des environs de Nantes se gardaient toujours une barriqu




