C'est vrai. Il n'y a pas si longtemps, le cigare, plutôt format
barreau de chaise, était au gougnafier de base ce qu'est désormais le téléphone portable au m'as-tu-vu urbain. Évidemment, encore, le spectacle de Paul-Loup « 80/+ 80 kilos» Sulitzer, havane au bec, n'a pas peu fait pour dégoûter de cette caricature de la réussite sociale.
Or la France a été longtemps terre d'élection du bon vieux cigare de notaire et de pharmacien, voués pour l'éternité au Montecristo (de préférence le module n°4, si mesuré, si plein de componction que cela lui valut le doux nom de «cigare de maîtresse de maison», de celles, en tout cas, parfaites, qui savent éviter les aspérités entre leurs convives). Aujourd'hui, après l'Espagne, qui aura consommé 29 des 70 millions de cigares de Cuba produits en 1996, la France, avec 7 millions d'unités hecho a mano (roulées à la main à La Havane), est le deuxième pays d'Europe à sacrifier à ce qui, de mode, devient de plus en plus un art de faire la nique aux puritanismes hygiénistes ambiants.
L'engouement, bien sûr, d'abord. Il n'est pas une revue de mode, de grands reportages ou de voyages qui n'ait, au cours des derniers mois, dépêché ses top models anorexiques dans ce pays encore en proie à la pénurie ou ses baroudeurs en pèlerinage aseptisé à la finca (la ferme) de «papa» Hemingway. Les voyages vers l'île caraïbe, en souffrance de dollars, coûtent peu cher, et l'exotisme, vaguement teinté, dans le meilleur des cas, d'un lancinant remords byronien et




