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Vagabondages immobiles d'un mort toujoursvivant. Totalement paralysé mais lucide, Jean-Dominique Bauby a «dicté» son livre en clignant d'une paupière. ""Le scaphandre et le papillon"". Ed. Robert Laffont

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Publié le 06/03/1997 à 23h45

Le 8 décembre 1995, la vie de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en

chef à Elle, bascule. Victime d'un grave accident cérébral à 43 ans, il passe vingt jours dans le coma et quelques semaines dans une semi-conscience avant de se réveiller à l'hôpital de Berck (Pas-de-Calais), paralysé de la tête aux pieds, «enfermé à l'intérieur de lui-même avec l'esprit intact et les battements de sa paupière gauche pour tout moyen de communication». C'est ce qu'on appelle en médecine le «locked-in syndrom». Pendant l'été 1996, Jean-Dominique Bauby entreprend de raconter par écrit sa terrible expérience. Le livre sort ces jours-ci, le Scaphandre et le papillon (1). Le scaphandre, comme un corps prisonnier d'un carcan et enfoui dans un autre monde, et le papillon, parce que parfois «le scaphandre devient moins oppressant, et l'esprit peut vagabonder comme un papillon».

L'écriture du livre a été à elle seule extraordinaire. Pendant plusieurs semaines, Claude Mendibil, envoyée par son éditeur, a pris en dictée le texte dont Jean-Dominique Bauby avait déjà dans sa tête «malaxé dix fois chaque phrase», l'apprenant par coeur, un paragraphe après l'autre. La dictée se fait lettre par lettre, à raison de trois heures par séance. Claude Mendibil égrène les lettres de l'alphabet, selon leur ordre de fréquence dans la langue française, e, s, a, r, i, n, t, u, l, o, m, etc., jusqu'à ce que Jean-Dominique Bauby l'arrête d'un clignement d'oeil sur la bonne lettre. Système rudimentaire mais qui permet à l'aut

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