Menu
Libération

Le charme déglingué de l'ArménieKitsch soviétique et senteurs d'Orient: autrefois destination touristique de l'Union soviétique, Erevan, capitale fatiguée, a sombré dans une anarchie douce. L'Arménie vit sa vie, loin de tout, enfermée dans ses paysages de montagnes farouches.

Réservé aux abonnés

Publié le 31/05/1997 à 1h42

Erevan envoyé spécial

Chaque année, c'est le même miracle. A la fin du mois d'avril, Erevan découvre avec stupeur que l'hiver est terminé. Il lui suffit de quelques heures pour s'ébrouer, puis s'abandonner à la belle saison qui commence aussitôt. Dans les jardins publics qui encerclent le centre-ville, les arbres fleurissent en une nuit. Les vignes, plantées au milieu des trottoirs le long des avenues, escaladent les immeubles fatigués, s'agrippent aux balcons branlants pour griffer de vert les façades de tuf rose et de basalte noir. Les pas des Erevantsis se font moins pressés. La ville oublie le blocus, les longs mois où toute la famille s'est serrée dans la même pièce parce qu'il n'y avait pas de chauffage, pas toujours d'électricité, et que, dehors, il gelait à fendre les montagnes; elle oublie l'hiver et se rappelle qu'elle est un peu orientale.

Aux terrasses des cafés, on sort des chaises de plastique de couleurs criardes, venues d'Iran. Place Hanrapetoutioun, au pied du palais du gouvernement, les gamins piquent une tête dans le bassin du musée d'Histoire de l'Arménie. Ça fait rire les marchands qui ont étalé au sol cigarettes, dentifrice, chewing-gums et autres produits «importés» de Turquie et d'Iran. Ça les console de ne pas vendre grand-chose, parce que l'argent est rare.

Au premier coup d'oeil, Erevan est usé, pas très propre, fatigué comme ses Zil, ses Volga et ses Moskwitch rapiécés qui pétaradent dans une belle anarchie, abîmé comme les trolleys antédiluviens qui

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique