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Libération

En Mauritanie, dans le désert de l'Adrar. La bibliothèque des sables. Quelques petites maisons en torchis perdues dans les dunes, c'est tout ce qui reste de Chinguetti, la septième ville sacrée de l'islam. Derrière les murs ocres de Chinguetti, en plein Sahara, dorment 6000 livres, intacts depuis le XIIe siècle. Huit familles les conservent dans des armoires en fer ou dans de simples cartons...

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Publié le 18/04/1998 à 23h10

Chinguetti, envoyé spécial.

Plaine de l'Adrar. Pas un relief, juste des cailloux, de tous les côtés. Des gros rochers explosés par le soleil, devenus petits rasoirs tueurs de pneus. Et puis, une première langue de sable adoucit le voyage, puis un tapis et, pour finir, l'océan jaune, partout. La voiture louvoie pour ne pas s'enfoncer. Une dune est franchie, une autre et dix, vingt autres encore. En crabe ou de front, mais en dérive, toujours. Les dunes, on ne les compte plus jusqu'à celle-là. Car, de son sommet, on oublie le roulis. D'ici, on l'aperçoit. Les murs ocre se dessinent. Chinguetti, la vieille cité des lettrés, s'étale sur une petite hauteur de pierre. Quelques murs bouffés par le sable et un petit minaret carré, c'est tout ce qu'il reste de la septième ville sacrée de l'Islam, du temps où la Mauritanie s'appelait le pays de Chinguetti.

L'accueil est curieux. «Nazrati, nazrati!» Les enfants courent en criant, et le visiteur blanc, montré du doigt, s'interroge. Nazrati? «ça signifie que tu es nazaréen, chrétien, quoi"» Ghadi parle français, il est de la tribu des chefs: les Maures. Les enfants, eux sont noirs, fils d'esclaves «anciens esclaves», corrige Ghadi. Dans les années 70, ils ont été affranchis, mais sont restés. Où aller? Avec pour seule fortune, une raïma (la tente maure), sans chameaux et sans chèvres, on n'est pas libre. Alors, ils sont toujours à la disposition de leurs anciens maîtres, les «grandes tentes», les riches nomades. «Anciens nomades», repren

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