Robert Parker, le critique américain du vin, se sent suffisamment
expérimenté, et culotté, pour refaire à lui tout seul le classement de 1855, table de la loi des vins de Bordeaux. Dans sa dernière édition du guide, qui se pose en ouvrage de référence sur la région la plus prestigieuse de France, il note ainsi chaque cru: «Devrait être promu premier cru», «2e cru classé en 1855 mais équivaut à un 5e cru», etc. La première remarque va à des micro-crus du Libournais comme Valandraud et Le Pin. La seconde à un margaux comme Brane-Cantenac. Parker a peut-être le don d'énerver, mais au moins il ne mâche pas ses mots et assume franchement aussi bien ses critiques que ses louanges. A lui tout seul il fait et défait la cote des bordeaux sur le marché mondial. Aussi les viticulteurs, même s'ils ne l'admettent pas toujours volontiers, sont-ils incités à redoubler d'effort sous l'aiguillon d'un maître aussi sévère. Qui s'en plaindra?
Les critiques français, qui ne l'aiment guère, parlent toujours de lui comme le «gourou américain», «le monsieur pluie et beau temps des amateurs américains» (le Point). Or aujourd'hui ses ouvrages se vendent deux fois plus en France (jusqu'à 85 000 exemplaires) que dans tous les Etats-Unis" Il est donc devenu le premier critique de la Gaule profonde. Il doit ce succès à ses talents de dégustateur, à son irrespect des titres honorifiques, mais aussi à un style direct qui évite aussi bien l'allégorie fleurie que le jargon technique.
Autre réédition, le guide