La scène se passe dans un grand palace parisien. Un lieu suffisamment onéreux et renommé pour proposer de servir à ses prestigieux clients une sélection de sa carte gastronomique en chambre et ce, à toute heure du jour et de la nuit.
«Missions impossibles». Aux environs de minuit, le téléphone sonne en cuisine. Quatre personnes sont de garde pour faire face aux demandes nocturnes. Un homme logé dans une des trois suites occupées depuis une semaine par des membres de la famille royale saoudienne vient de demander un canard. Jusqu'ici tout va bien. Des canards, il en existe en magret, à l'orange ou à la réglisse. Les choses se gâtent puisque le correspondant a exigé «un canard vivant», et ce, selon la formule consacrée, «le plus rapidement possible». La cuisine se dessaisit de la demande et la renvoie au concierge dont l'essentiel du travail dans ce genre d'établissement est justement d'accomplir les «missions impossibles».
Assez rapidement, il fait l'équation entre l'option 1 («et pourquoi pas un troupeau d'impalas ?») et l'option 2 («le client est roi et certains plus que d'autres»). Au petit matin, après un aller-retour dans un magasin du quai de la Mégisserie, il affiche la mine contente de l'employé scrupuleux et jamais pris en défaut. Serrant dans ses bras le canard, il frappe à la porte de la suite, et tend l'animal. La porte se referme. Plus de nouvelles. Comme à leur habitude, les Saoudiens refusent que le personnel de l'hôtel pénètre dans leurs chambres puisqu'ils sont




