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Libération

Petites misères de grands

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Publié le 17/06/2005 à 2h38

Les grands aimeraient parfois se faire tout petits. Ne plus être remarqués, observés. Le samedi midi à Paris, dans un café du forum des Halles, Le Père tranquille, ils se réunissent donc entre eux. Le ticket d'entrée est à 1,90 m pour les hommes et 1,80 m pour les femmes. Ensuite, vient qui veut dans cette association nommée Altitudes (1), dont la mascotte est une girafe, mais où les débats ne volent pas forcément très haut : «On parle de tout et de rien, explique Xavier, 1,94 m. Et pas souvent de notre taille.»

Il faut dire qu'ailleurs on leur en cause suffisamment. «Nous sommes des curiosités publiques, déplore Anne du haut de son 1,87 m. Les gens ne peuvent pas s'empêcher de constater notre taille à voix haute.» Pour «la France d'en bas», cela va du zoologique «regarde comme elle est grande» à l'ultraclassique «vous jouez au basket ?» en passant par le déroutant «il fait beau là-haut ?». Anne s'agace : «Les gens plaignent toujours les gros, jamais les grands. Alors que nous, on ne l'a pas choisi.» Les gros apprécieront.

«Excluant». «Grand» est un adjectif valorisant

en français. L'écrivain, l'art, le moment, l'air ou la nouvelle aiment à se faire qualifier de la sorte. L'humain lambda, moins. «On nous reproche d'être méprisants, orgueilleux, juste parce qu'on se tient droit», enrage «Rémi la lune» ­ qui ne l'a jamais décrochée, à la différence des boîtes de conserve haut placées du supermarché. «Les gens se parlent à leur hauteur et on n'entend pas. C'est excluant», regrette

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