Les correcteurs de l'épreuve de philosophie au baccalauréat devraient récupérer ce soir quelque 516 975 copies, dûment noircies dans la journée par les candidats des sections générales et technologiques. Puis, demain, place à l'épreuve de français pour les élèves de première. Mais, chaque nouveau millésime du bac donne l'occasion à certains de dénoncer la dévalorisation de l'illustre diplôme depuis que l'objectif d'y mener 80 % d'une classe d'âge a été décrété dans les années 80 (en réalité, le taux de bacheliers tourne autour de 60 %) avec, pour corollaire, la médiocrité accrue des candidats. Le collectif d'enseignants Sauver les lettres (1) se fait volontiers le porte-voix de ce courant, désormais conforté par Jean-Paul Brighelli, l'intarissable auteur de la Fabrique du crétin. En dehors de la polémique qui oppose les tenants d'une transmission des savoirs pure et dure et les promoteurs d'un pragmatisme tenant compte des réalités sociales, comment les correcteurs, rodés à la prose de leurs élèves tout au long de l'année, jugent-ils les copies du bac ?
Accès au sens défaillant
Ecartant d'emblée tout discours apocalyptique sur le déclin du patrimoine de la France, ils s'avouent parfois saisis d'effroi, désarmés. Professeur de philo à Paris, Benoît, 34 ans, explique : «L'épreuve de dissertation fait appel à un niveau de langue qui n'est pas forcément partagé par tous. Or, moins on maîtrise la langue, moins on a accès au sens.» Et la philosophie, enseignée pendant la seule année de terminale, et impliq




