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Interview

«Le corps nu occupe toute la scène»

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Publié le 05/03/2007 à 6h27

Laurence Guyard, 40 ans, rattachée au laboratoire du Centre de recherche sur la santé, le social et le politique (Cresp) et coauteure du Dictionnaire du corps (édition du CNRS),achève actuellement une thèse en sociologie sur la consultation gynécologique.

On évoque souvent le cas des musulmanes rétives à la consultation gynécologique. Seraient-elles les seules femmes que cet examen dérange ?

Bien sûr que non. Devoir se mettre nue et se laisser toucher créé une gêne largement partagée. A partir du moment où le corps est nu, il occupe toute la scène, envahit tout l'espace, et rares sont les femmes qui parviennent à rester un peu couvertes. En Amérique du Nord, au Brésil, au Portugal, au Japon, les femmes se déshabillent dans une pièce à part, puis se recouvrent d'un drap. La consultation de gynécologie est la seule en France où le patient est intégralement nu. Et de fait, cette consultation ne va pas de soi.

Pourquoi cet impératif de nudité ?

Le XIXe siècle, marqué par la pudeur, a freiné les progrès de la gynécologie. Longtemps, le corps des femmes a effrayé, l'utérus était suspecté de pouvoirs maléfiques. Puis la pudeur est devenue une valeur bourgeoise, à bannir. La gynécologie n'est vraiment apparue que dans les années 60, au moment où la médecine devient très technique, et cette focalisation sur la science réduit le corps à un organe : elle dépersonnalise. Au cours de leur formation, les gynécologues n'entendent jamais parler de la nudité, qui va pourtant accentuer dav

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