De notre correspondante à Pékin
«J'ai l'air endormie, un regard mort», se lamente Wang Wei, 25 ans, croisant son reflet dans un miroir. Ses yeux en demi-amande, aux paupières parfaitement ciselées d'un trait, sont une perfection orientale. C'est justement ce qu'elle déteste, rêvant du regard écarquillé des starlettes des shows télévisés : «Elles se sont toutes fait faire des doubles paupières», dit-elle en effeuillant un magazine féminin de Pékin. Les beautés asiatiques au regard mystérieux des podiums occidentaux n'ont pas la cote en Chine. «Moches, l'air stupide», juge Wang Wei. Sa mère et plusieurs de ses amies, nées comme la grande majorité des Chinoises avec des yeux bridés, sont déjà passées sous le bistouri des chirurgiens esthétiques. Sans la peur de l'opération, Wang Wei aurait-elle aussi doublé son capital paupières. «Toute la famille m'y pousse», dit-elle.
Pub de luxe. La mode des «doubles paupières», que personne ne qualifie d'occidentales, a débuté il y a une vingtaine d'années en Corée, au Japon et à Hongkong : «La chirurgie n'était pas au point, les stars posaient une sorte de colle sur leurs paupières supérieures, pour ouvrir le regard», raconte l'une des reines de la beauté pékinoise, Vivian Ngai, directrice prospère de la VIV International Cosmetic Surgery. 80 employés, une clinique luxueuse dans les quartiers d'affaires, cette femme de 40 ans a senti le vent avant les autres. Depuis la fin des années 90 son chiffre d'affair




