Caroline Thompson est psychanalyste et thérapeute familiale au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
Le sens des réalités exprimé par les adolescents vous surprend-il ?
D’ordinaire, on voit l’adolescence comme une aspiration au plaisir, contenue par des adultes qui sont là pour ramener sur terre. Or le sondage Ipsos révèle que les adolescents d’aujourd’hui font des rêves d’avenir particulièrement raisonnables, presque tristes. Le bon côté des choses, c’est qu’ils restent malgré tout confiants, tout en manifestant une forme de lucidité sur leurs chances de réussite qui les met finalement dans une position adulte. C’est nouveau.
Faut-il y voir le seul effet de la crise ?
Le contexte actuel ne favorise sans doute pas la légèreté. Mais la quête de stabilité de ces adolescents intervient dans une société post-68 de plus en plus individualiste, où le discours assure que tous les choix sont possibles, rendant chacun auteur de son destin mais aussi responsable de ses échecs. C’est très angoissant. D’où la recherche de repères concrets, comme la famille.
«Famille, je vous hais», c’est fini ?
C’est l’un des paradoxes soulevés par l’étude. L’adolescence reste le temps du conflit, de la remise en question des modèles parentaux, mais ces mêmes adolescents qui envoient balader leurs parents les citent aussi en exemple de réussite. Les parents restent des figures identificatoires. La famille devient une fin en soi. Et les liens d’amitié, également un marqueur de la réussite.
Les ados ont toujours accordé beaucoup d’importance à l’amitié. Quoi de neuf ?
La surprise, c’est d’en faire un enjeu de réussite. Au fond, il y a l’idée que la sphère professionnelle e




