C'est un labyrinthe gourmand. Un dédale odorant et souterrain, sorte de caravansérail enfoui dans les entrailles de la Guillotière, un quartier populaire de Lyon. Les Bahadourian, famille de négociants arméniens, s'étaient installés là en 1929. Le grand-père Gabriel avait ouvert une petite échoppe, puis racheté progressivement les voisins, et surtout les caves du quartier, pour les relier entre elles avec des passages voûtés et entreposer les réserves. Cela donne aujourd'hui cette grotte alibabesque dans laquelle on se perd. Elle abrite les produits que la famille importe d'Afrique, du Maghreb, d'Asie, des pays de l'Est… Au total, plus de 1 000 m2 de victuailles entreposées sous terre, dans ce quartier où les Bahadourian ont replanté des racines arrachées en 1915 par le génocide turc.
Baklavas. D'une salle à l'autre, les odeurs changent, sacs et fûts s'empilent. Dans celle-là, les semoules - Bahadourian en vend plus de dix tonnes par mois, beaucoup plus au moment du ramadan, plus gros mois de l'année pour le négociant. Empilés sur le sol de ciment brut, adossés aux murs de pierre, jusqu'à toucher la voûte, des sacs de toutes les graines possibles. De l'orge le plus fin au boulgour le plus gros. Et à côté, les haricots, cocos blancs, cocos roses, œils noirs, lingots, haricots rouges. Les lentilles, vertes ou corail, les fèves et févettes, lupins secs, pois cassés.
La visite se fait de plus en plus odorante. Là, une salle avec l’eau de rose, de fleur




