Il ne faudrait jamais commencer un texte sur la Suisse par un cliché, mais comment y résister quand tous les éléments du champ visuel se liguent d'emblée contre vous : en arrivant à Schwytz, bourg principal du canton éponyme qui a donné son nom au pays en 1291, les sommets viennent de recevoir la première neige. L'herbe est vert tendre comme il se doit, et des vaches très propres broutent dans les prés sous les fenêtres de l'usine Victorinox, 125 ans d'âge. C'est là que se fabriquent chaque jour 60 000 couteaux multifonctions, concentré d'helvétitude : fonctionnalité, pragmatisme, précision, modestie. «Le couteau suisse est à son affaire partout où de petits défis sont à relever.» Tout est dit dans ce slogan d'entreprise. Car voici un objet utile, opiniâtre, malin, qui ne fait pas de vagues. Ce n'est pas un objet déclamatoire, mais pratique. C'est un couteau suisse.
Armée. La boîte à outils miniature est née en 1891, quand le coutelier Karl Elsener fournit pour la première fois le «couteau du soldat» à l'armée de la Confédération helvétique. L'engin est fruste : une lame, un poinçon, un tournevis, un ouvre-boîtes. Quatre fonctions seulement. Très vite, les commandes explosent : les Suisses veulent le même couteau que leurs soldats. L'objet ajoute le patriotisme à la gamme de ses vertus. Dès 1909, le fondateur fait enregistrer l'emblème caractéristique de l'écusson à croix blanche et entame la commercialisation du «couteau de l'officier», déclinaison




