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Interview

«En France, le bilinguisme est courant»

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Français, qui êtes-vous? (4/5). Alexandra Filhon, maître de conférences en sociologie à l’université Paris-X-Nanterre, analyse la question de la transmission des langues dans la famille.

Publié le 30/10/2009 à 0h00

Monolingues ou polyglottes, les Français ? Si la mondialisation pousse à l'apprentissage de l'anglais, certaines langues régionales résistent. Quid des langues d'immigration ? «La tradition d'intégration à la française, qui s'adresse aux parents migrants, voire aussi à leurs enfants socialisés en France, les invite à renoncer à leurs langues d'origine», note Alexandra Filhon, maître de conférences en sociologie à l'université Paris-X-Nanterre, dans son chapitre intitulé «Plurilinguisme et hiérarchie sociale entre les langues en France». Bref, la bataille du multilinguisme n'est pas gagnée, d'autant que toutes les langues n'ayant pas le même statut, les adultes adaptent leur comportement lorsque se pose la question de la transmission.

Pourquoi des parents décident-ils de parler une autre langue que le français avec leurs enfants ?

Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord, toutes les langues ne sont pas sur le même pied. Certaines sont valorisées socialement, comme l’anglais, d’autres sont plus disqualifiées comme cela peut être le cas de l’arabe ou des langues africaines. Derrière, il y a une image sociale, on s’imagine une population faiblement diplômée ou peu intégrée.

Pourtant, l’arabe est parlé par des millions de gens…

C'est l'une des dix langues les plus parlées au monde. Mais il y a une différence entre l'arabe littéraire et l'arabe dialectal. La langue internationale, c'est l'arabe littéraire, qui est surtout écrit. Pour l'arabe dialectal, certains parents m'ont dit: «Je n'ai pas souhaité le transmettre à mes enfants, car je ne voulais pas qu'ils soient stigmatisés et qu'on leur colle une étiquette.»

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