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LE BON PLANT

Un hêtre tourmenté

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Flickr/OliBac
Publié le 02/04/2010 à 0h00

Un accident est vite arrivé et peut changer le destin des générations suivantes, Adona le sait pour avoir travaillé comme juriste dans la réassurance chez General Electric. Elle a pu vérifier cette loi du hasard en étudiant le dossier du hêtre tortillard. Fagus sylvatica tortuosa est l'un des plus singuliers locataires du «jardin alpin» du Jardin des plantes, à Paris. C'est là qu'Adona travaille à présent comme jardinière, bac pro horticole en poche en sus de son bac sciences, heureuse d'avoir pris racine dans ce «havre de paix» après une scolarité dans la montagne libanaise, hantée par l'écho des guerres.

Adona invite donc à découvrir son arbre tortillard, et vite : c'est le court moment où il montre sa vraie nature. Il est nu. Les feuilles mortes, qui adhèrent aux branches jusqu'au moment où elles sont poussées par les bourgeons (on les dit marcescentes), viennent de tomber, et les jeunes feuilles ne sont pas encore sorties. Alors, on voit des branches noueuses en doigts de sorcière qui se croisent, se soudent, s'allongent comme des bras et plongent dans la terre, dessinant une grotte inquiétante. «En été, on l'admire pour sa masse de feuilles, son côté igloo», dit la jardinière. Et on passe à côté de l'essentiel : Fagus sylvatica tortuosa est un accident de la génétique, le fruit d'une mutation, le rejeton d'une colonie d'un millier de hêtres tortueux surgie dans la forêt de Verzy, sur la montagne de Reims, à une époque indéterminée. L'o

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