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Interview

«Dans les sociétés individualistes, on veut être tranquille, mais pas seul»

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Le sociologue François de Singly analyse les ressorts de ces nouveaux comportements :

Publié le 16/04/2010 à 0h00

François de Singly, professeur de sociologie à l’université Paris-V-Descartes, dirige le Centre de recherche sur les liens sociaux (Cerlis), associé au CNRS. Il voit dans ces pots collectifs une nouvelle forme de convivialité sans engagement.

Comment expliquez-vous le succès des apéros géants ?

Je crois qu’il y a un réel besoin de ce type de rencontres, qui sont des moments forts passés avec des personnes avec qui on a des liens faibles. C’est un peu comme quand on raconte des choses intimes à son voisin dans l’avion, qu’on ne reverra jamais. Les apéros s’inscrivent en plein dans le fonctionnement des sociétés individualistes : on veut être tranquille, mais pas seul.

Et puis, la société moderne n’a pas évacué l’imaginaire de la communauté. On entend souvent parler de «village», mais en réalité ce n’est pas une vie de village que l’on cherche, personne ne voudrait de l’intrusion permanente des autres dans sa vie. On tient à notre anonymat. Les apéritifs géants permettent ce paradoxe : faire partie d’une communauté et redevenir des anonymes ensuite. Je pense que ce phénomène s’inscrira dans la durée.

Internet permet-il l’émergence d’une nouvelle forme de collectif où se mêleraient toutes les couches de la société ?

C’est une communauté éphémère et sans contraintes. Si les internautes devaient s’engager à participer à l’apéro géant de leur ville tous les samedis de 18 heures à 20 heures, il y a fort à parier que plus personne ne serait intéressé. Plus qu’une véritable communauté, ce sont des moments de parenthèse que ces jeunes créent. D’ailleurs, l’apéritif joue ce rôle dans le déroulement du repas classique : on peut parler à qui l’on veut et l’

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