Menu
Libération
Interview

«Même César cachait sa calvitie»

Réservé aux abonnés

Elisabeth Azoulay, ethnologue :

Publié le 10/01/2011 à 0h00

Les hommes franchissent désormais les portes des cabinets de chirurgiens esthétiques. Si surprenant que ça ? Entretien avec Elisabeth Azoulay, ethnologue, auteure de 100 000 ans de beauté (Gallimard, 2009).

Les hommes semblent se préoccuper de plus en plus de leur apparence. Faut-il y voir un phénomène nouveau ?

Absolument pas. Dans de nombreuses cultures, les hommes sont autant fardés et parés que les femmes. Parfois davantage. Et en Occident, on oublie trop vite qu’à la cour les perruques, onguents et fards paraient les aristocrates des deux genres. La différence n’était pas sexuée, elle était sociale. Les bourgeois révolutionnaires l’ont d’ailleurs bien compris. Stigmatisant l’aristocratie et ses fastes, ils ont proposé une nouvelle esthétique pour un nouvel homme : le citoyen. A partir de cette époque, les hommes se sont réfugiés dans des détails plus subtils, comme la qualité de l’étoffe,la stylisation des poils en tous genres, coiffure, barbe et moustache. Ils n’ont donc pas renoncé aux gestes de beauté, mais les ont tus. Aujourd’hui, si les femmes ont pris les devants en matière de médecine et de chirurgie esthétiques, il est fort probable que les hommes les rattrapent très vite.

Les hommes d’aujourd’hui sont manifestement obsédés par leurs cheveux. Cette inquiétude capillaire est-elle contemporaine ?

Pas du tout. Suétone relate que César cachait sa calvitie en ramenant sur son front ses rares cheveux de derrière et que la fameuse couronne de lauriers était pour lui aussi pratique qu'honorifique. Le port de la perruque dans de nombreuses civilisations a longtemps dissimulé les calvities et dans les «régimes de vie» destinés aux princes et autres recueils de conseils rédigés depuis l'Anti

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique