Assis les bras croisés derrière son bureau, Romain, prof d'allemand débutant, attend que le brouhaha retombe. Chaque jeudi après-midi, c'est comme ça, parfois même pire, avec les 3e A, une classe agitée au niveau très faible. Romain «ne veut surtout pas s'énerver et craquer» : «J'aime trop ce métier», dit-il. Alors il attend, stoïque. Un quart d'heure après l'entrée en classe, des élèves se baladent toujours entre les rangs…
Avec Séverine, débutante elle aussi, c'est tout l'inverse. Prof de français, elle négocie pied à pied avec ses élèves et ne veut rien lâcher. D'entrée de jeu, elle rappelle les règles : «Mettez vos chewing-gums à la poubelle, ne restez pas debout, taisez-vous, non, on ne change pas de place, et on ne se recoiffe pas.» Ce jour-là, Oumar fait le rebelle : «Ton chewing-gum à la poubelle Oumar, à ta place mais à ta place habituelle.» Dix minutes après le début officiel du cours, Séverine est encore à discutailler avec des élèves.
Tableau. Lucie s'en sort déjà mieux. Prof de maths, elle débute aussi dans un collège en ZEP. Mais elle a un sérieux avantage sur Romain : alors qu'il a passé son année de «stage» (juste après la réussite au concours) dans le très huppé lycée parisien Henri-IV avec des élèves ultra-studieux, elle s'est retrouvée affectée dans un collège en ZEP. Lucie est donc déjà rodée. Et cela se voit. Les élèves sont à peine entrés qu'elle leur dit : «Vous sortez vos affaires, cahi




