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«Les Blancs aussi tchipent, mais c’est pas pareil»

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Publié le 16/02/2011 à 0h00

L'homme s'élance, agile, sur la patinoire installée à ciel ouvert devant l'Hôtel de Ville de Paris. Derrière la balustrade, sans patins aux pieds, trois copines ne regardent que lui. «Il est mono, c'est un bon, prévient Hanadi, 14 ans. Il sait faire plein de trucs.» Hanadi, Binta et Aminata sont fascinées par tant d'acrobaties quand un groupe de cinq garçons vient s'accouder près d'elles. Capuches, bousculades, ils font tout pour attirer l'attention. Aminata les dévisage et fait un drôle de bruit avec sa bouche. Sa copine lui envoie illico un coup de coude : «Vas-y, tchipe pas ! Faut jamais baisser le regard mais tchiper, c'est trop grave…» Tchiper ? «C'est une façon de dire "casse-toi",explique Binta. C'est les Africaines qui font ça. Les Blancs aussi tchipent, mais c'est pas pareil».

D'un coup, c'est un concert de «tchip». Les trois collégiennes ont de l'entraînement. «Aminata, elle tchipe au moins 150 fois par jour et les profs détestent ça», balance Binta. Elles sont toutes les trois élèves dans le XXe arrondissement. Cheveux tressés et relevés en queue-de-cheval, vernis à ongles bleu, écouteurs roses Hello Kitty, Aminata attire les regards, même sans tchiper. Mais, «c'est devenu un réflexe, reconnaît-elle. Je peux pas m'en empêcher». Quand un prof lui demande de se taire, elle le tchipe. Quand sa mère lui «fait la morale», elle la tchipe. Hanadi, scandalisée : «C'est une insulte, je fais jamais

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